« EPILOGUE » Le dernier acte d’un conte de fées en trois parties

L’épilogue est le dernier acte d’une narration. C’est le point culminant de toutes les idées survenues lors d’une exploration. Pour moi, il représente une résolution potentielle de mon questionnement sur le monde de la mode qui emprunte une route évoquant un conte de fées en trois parties.

Cette quête a débuté en février dernier. Je souhaitais alors honorer ce rituel magique qu’est le défilé de mode : une liturgie sacrée et unique grâce à laquelle la pensée créative est révélée et s’offre à l’interprétation d’une communauté de spectateurs libres. Je voulais lever le voile sur les coulisses de ce rituel. J’ai utilisé une perspective inversée en déplaçant mes compagnons de voyage au centre de la scène : cette intelligence collective, inspirée et sensible, qui rend possible le délice de la beauté. À quoi s’attendre lorsque l’on dévoile ce qui construit l’illusion ? Que se passe-t-il lorsqu’un rituel est profané ? Comment repenser le merveilleux, la révélation et la suggestion ?

Le deuxième acte a pris forme lors de la campagne publicitaire, en mai dernier. J’ai alors tenté de créer davantage de désorientation dans les mécanismes habituels de la mode. Ce fut une expérience radicale lors de laquelle je me suis laissé guider par l’idée que la beauté, imprévisible et merveilleusement imparfaite, peut apparaître grâce à l’absence de contrôle. J’ai cette fois décidé d’abandonner mon rôle de directeur artistique obsessionnel. J’ai décidé de tout laisser aller, j’ai renoncé à concevoir la scène et l’action en laissant les mannequins construire leurs propres représentations. En les laissant photographier, raconter leurs histoires, produire et scénographier. Que devient la communication quand elle cesse d’être un acte unilatéral ? Que signifie le fait de travailler en faveur d’une pratique expressive polyphonique ? Qu’arrive-t-il au processus créatif quand il n’est plus prédéterminé ?

Enfin vient l’épilogue, pour sceller la clôture de cette trilogie amoureuse. Ce dernier mouvement prend également un chemin de traverse. Les vêtements vont être portés par ceux qui les ont créés. Les créateurs avec qui je partage tous les jours l’étourdissement créatif vont devenir les interprètes d’une nouvelle histoire. Ils se saisiront de la poésie qu’ils ont contribué à modeler. Ils vont mettre en scène ce que nous avons imaginé ensemble avec passion. C’est à nouveau un processus d’inversion des rôles. Les distances se raccourcissent. L’acte de création devient une pratique d’exposition. L’intérieur se projette vers l’extérieur. L’invisible prend forme, irradie en combustion spontanée. Et bien plus encore. Cette fois, mon analyse des mécanismes qui régulent le monde de la mode s’intensifie : ce remaniement sera représenté selon une perspective inhabituelle. Pendant toute une journée, chacun pourra assister, grâce à une installation de caméras bien pensée, au processus de travail qui permettra au bureau de création d’incarner la nouvelle campagne publicitaire Gucci. Comment évolue la relation entre la réalité et la fiction quand un regard indiscret s’immisce dans les mécanismes de production d’une image ? Qu’en est-il de la mode et de son pouvoir de séduction quand la vérité redevient seulement un instant factice ?

Mon conte de fées en trois parties doit générer un questionnement sur les règles, les rôles et les fonctions qui animent le monde de la mode. Cette enquête est inévitablement incomplète et intentionnellement déformante : c’est un jeu déséquilibré au sein duquel j’ai essayé de démanteler les constructions, de tout renverser, de réorienter le regard, de remettre en question la syntaxe que nous utilisons pour tenter de décrire le mystère de la beauté. J’avais besoin d’emprunter cette route pleine d’amour. Cette route, quand je l’ai parcourue, a suscité des questions inédites et fait bouger les choses en produisant de nouvelles intuitions. En ce sens, l’épilogue que je vous livre aujourd’hui me semble en réalité être une ouverture. Un tournant décisif qui clôture aussi bien qu’il introduit, un palier pour un nouveau commencement à partir duquel nous pouvons tenter d’imaginer notre futur.

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