Werner Küchler, directeur du Relais Plaza

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Cela fait plus de quarante ans que Werner Küchler travaille au Plaza Athénée. Depuis 1980,  il y incarne,  en tant que directeur,  l’esprit élégant, mondain et ouvert du Relais Plaza. Retour sur un parcours étonnant né dans un village de Bavière…

L’appel de Paris

Werner Küchler est peut-être le plus parisien des Allemands. Né dans un village à proximité d’Ulm, dans une famille modeste, il est rétif à l’autorité, notamment à celle du service militaire dans l’Allemagne de l’après-guerre. A l’âge de 18 ans, il décide de faire le grand saut. « J’ai pris le train pour Paris. Comme dans la chanson, j’ai appelé mes parents pour leur dire “Je pars“ mais j’étais déjà parti… et même arrivé. Venant de ma campagne, j’étais naïf et je me suis fait voler tout mon argent dès le premier jour. Et comme dans les films, j’ai commencé à dormir sous les ponts… Heureusement, c’était l’été et il faisait chaud. » C’est ainsi que commence, en 1969, la parabole parisienne du jeune Bavarois et rien n’indiquait qu’elle dût l’amener vers les sommets. Dès 1972, cependant, il est recruté par le Plaza Athénée pour le service aux étages. Il y fera deux rencontres qui continuent de le marquer.

Sous le signe de Karajan

La première est celle du chef d’orchestre Herbert von Karajan, qui loge à l’hôtel lors de ses concerts parisiens. « Lorsqu’il traversait la salle du Relais Plaza pour s’installer, toujours à la même table, il s’appuyait sur mon bras et les gens criaient “Bravo maestro !“ Je pouvais m’imaginer qu’ils le disaient à mon intention ! Je le raccompagnais ensuite à son appartement et nous discutions. Il avait une curiosité naturelle, une finesse, un sens de l’écoute… Je date de sa mort la fin d’une certaine forme d’élégance. » La seconde rencontre est celle de Marlene Dietrich, qui vivait à l’hôtel avant de s’installer en face sur l’avenue. « Elle aimait cuisiner. Je me souviens des plats qu’elle préparait, en fine fourchette – des classiques comme le bœuf gros sel. Elle m’en offrait et je repartais de chez elle avec un tupperware. Recevoir cette attention de celle qui avait été l’une des plus grandes vedettes de Hollywood, c’était émouvant… »

Une voix d’or

Si Werner Küchler est aujourd’hui célèbre (il a été élu récemment par un jury meilleur directeur de salle au monde et a fait l’objet d’un documentaire en Allemagne), il le doit à ses talents d’hôtelier mais aussi à sa voix d’or. C’est en effet un des crooners les plus demandés de Paris… En 1980, en le nommant au Relais Plaza, la direction lui demande d’animer la salle. Ayant innocemment entonné Vola colomba vola avec le guitariste italien de l’époque, il fait un tabac. Les convives en redemandent. « Je n’avais jamais chanté et j’avais une mauvaise mémoire. Peut-être pour être tombé plusieurs fois sur la tête dans ma jeunesse en plongeant dans des lacs ! Pour apprendre ma première chanson de Trenet, j’ai dû répéter pendant un mois… » Aujourd’hui, les soirées jazz sont devenues une institution. Chaque dernier mercredi du mois, elles attirent un public de connaisseurs.

Objectif Tour de France

Werner Küchler possède désormais un répertoire de 150 chansons. « Il m’est arrivé d’avoir, en fonction des dîneurs présents, des accompagnateurs de qualité qui ont simplement pour nom Rihanna ou Bono… »Le livre d’or, qu’il a étrenné en 1990 sur les conseils d’une artiste peintre, Poucette, contient une litanie de noms de cet acabit, qui ont griffonné de bons mots ou dessiné avec les feutres fournis par Alec Baldwin. Epris d’excellence, Werner l’applique à la gestion quotidienne du Relais. Nombre de ses anciens employés occupent des postes importants à travers le monde. Il a mis à l’honneur l’apprentissage et avec son chef Philippe Marc, il tire sa fierté de ne recruter en cuisine que des commis pour les former et les faire monter en grade. Ce passionné de sports, qui a traversé à vélo l’Amérique et la vallée de la Mort, qui s’entraîne avec l’ancien maillot jaune Cédric Vasseur, nourrit une ambition secrète : faire passer le Tour de France par l’avenue Montaigne. Affaire à suivre…

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