Valentino, Prince d’Italie

Un amour de Paris

En plein Mai 68, alors que les investisseurs du monde entier, effrayés par les événements, ne pensent qu’à quitter Paris, il ouvre sa boutique au 42, de l’Avenue Montaigne. En avril 1975, c’est tout près de là, dans les salons de l’hôtel George V, qu’il présente sa collection de prêt-à-porter automne-hiver. Une véritable audace quand on sait, qu’à l’époque, le milieu de la mode parisienne regarde encore de haut les créateurs transalpins.

En 1989, sa première collection haute couture s’empare de l’école des Beaux-Arts. Enfi n, le 23 janvier 2008, c’est dans les jardins du musée Rodin, par une nuit fraîche mais magnifi que, illuminée par la lune, qu’il offre à un public choisi le feu d’artifi ce de sa toute dernière collection. Si Valentino symbolise l’essence de l’élégance italienne, il a noué avec Paris une relation toute particulière, réussissant à s’y imposer dans le cénacle des très grands couturiers.

Jeunesse lombarde

À vrai dire, cette relation d’amour avec la Ville lumière remonte à loin. Né en 1932 à Voghera, une petite ville de lombardie, Valentino Garavani sait très tôt ce qu’il veut faire. la légende raconte qu’enfant, il réclame déjà à sa mère – qui lui a donné le nom de la plus grande star du cinéma muet – des habits sur mesure.

À l’école, il imagine des tenues pour ses petits camarades. Avant même d’être majeur, il annonce à ses parents son intention de devenir couturier. Malgré le choc initial, surtout pour son père, qui dirige une entreprise d’appareillages électriques, ses parents acceptent sa vocation.

 

 

Ils feront même plus, le soutenant de toutes leurs forces dans son ascension. Au début des années soixante, quand son atelier, confronté à des diffi cultés fi nancières, est contraint de déménager de via Condotti à via Gregoriana, ils vendent leur maison de campagne pour lui apporter des capitaux frais.

Vers Rome éternelle

Via Condotti, via Gregoriana, Palazzo Mignanelli : les adresses de Valentino font chanter la géographie romaine. Car l’enfant de lombardie est tombé amoureux de la Ville éternelle. Après un apprentissage forcené à Paris – à 20 ans, il entre à l’École de la chambre syndicale de la couture parisienne puis chez Jean Dessès, le couturier favori d’onassis, avant de collaborer à la jeune Maison de Guy laroche – il rentre en Italie en 1959. Il a 27 ans, une technique éprouvée et un inégalable sens du beau. Une

rencontre fondamentale – la petite histoire dit qu’elle a lieu dans un café de via Veneto – marque le début de la décennie soixante : celle d’un jeune étudiant en architecture, Giancarlo Giammetti, qui va se révéler un stratège hors pair.

 

Giancarlo Giammetti & Valentino Garavani

 

Il prend les rênes de la jeune Maison, qu’il ne quittera plus pendant le demi-siècle de son extraordinaire parabole, lui faisant franchir tous les stades de la notoriété et faisant de Valentino un nom commun sur toute la planète.

Une fan inégalable : Jackie

Dès 1962, Valentino marque les esprits. Invité de dernière heure aux défi lés qui se

tiennent depuis quelques années à Florence, dans les salles du Palazzo Pitti, il fascine les observateurs italiens mais aussi étrangers. Il a beau montrer ses créations à la fermeture de la manifestation, l’Amérique s’en souviendra. Et lui-même sait que l’Amérique est un continent à cultiver. Il s’y rend fréquemment et réussit, par l’entremise d’une amie commune, à approcher Jackie Kennedy.

 

Jacqueline onassis

 

En 1964, au lendemain d’une présentation publique à l’hôtel Waldorf-Astoria, un défi lé privé est mis sur pied : la veuve du président tombe sous le charme de sa collection bicolore et demande tous les modèles. Alors que d’autres peinent à s’imposer, la célébrité de Valentino est instantanée. Son amitié avec l’une des personnalités les plus glamour de l’époque lui ouvre toutes les portes et en fait – alors qu’il a à peine 30 ans – l’alter ego des grands noms parisiens.

 

La vie en rouge

le lien avec Jackie Kennedy se poursuit même quand elle devient Jacqueline onassis. Sur l’île de Skorpios, le 20 octobre 1968, a lieu l’un des événements mondains de la décennie : le mariage de l’égérie américaine avec le plus puissant des armateurs

grecs, Aristote onassis. la mariée porte une robe de dentelle et une jupe de crêpe, qui font le tour du monde. Elles sont rigoureusement blanches. Comme Courrèges, Valentino privilégie alors la plus simple et la plus pure des couleurs. Mais son histoire d’amour avec les couleurs ne s’arrête pas là et si l’on se souvient de Valentino

aujourd’hui, c’est plutôt pour son rouge coquelicot. Cette teinte est, comme cela lui arrivera plus d’une fois – l’exaltation d’une réminiscence de jeunesse : lors d’une soirée passée au liceu, l’opéra de Barcelone, la robe flamboyante d’une spectatrice lui avait laissé une marque indélébile.

 

un empire planétaire

Alors qu’il n’a pas 40 ans, Valentino est une star mondiale et accumule les récompenses, comme le Neiman Marcus Award, plus haute distinction américaine du genre, qui lui est décerné en 1967. le plus dur reste peut-être à venir : après

des débuts tonitruants, se maintenir au sommet pendant des décennies… Il va le faire en investissant les grandes capitales de la mode – Paris, comme on l’a vu mais aussi Milan – et en obéissant à l’air du temps. Il lance en 1978 son parfum, sobrement baptisé Valentino. Il dessine la tenue des athlètes italiens aux Jeux olympiques de los Angeles en 1984, combat contre le sida avec Elisabeth Taylor, investit les grands musées et les studios de cinéma (défi lés au Metropolitan Museum de New York et à la 20th Century Fox à Hollywood). Vivant dans des demeures d’un raffi nement rare, collectionneur remarquable, habitué de Capri et de Saint-tropez, Valentino est une personnalité «incontournable» de la jet-set.

L’obsession de l’élégance

 

Mais l’exploit de durer, il va surtout le réaliser avec une méthode toute simple : son

talent. la chronologie de Valentino a marqué la mode de la seconde moitié du XXe

siècle et se résume en jalons inoubliables, de la robe de cocktail Sarabanda à jupe

bouffante (1960) aux tailleurs en tulle rose à motifs d’origami (2008). les dalmatiques

avec imprimés inspirés des animaux africains (1966) anticipent une attitude soucieuse de l’environnement tandis que les robes du soir en voile de soie imprimé d’orchidées (1988) montrent la variété de son goût fl oral. Virtuose dans l’utilisation des paillettes et de la broderie, Valentino a aussi produit des robes serties d’extraordinaires rubans de crêpe de soie dits budellini (1993). le style Valentino s’est forgé au cours des décennies avec une seule obsession : habiller la femme d’une élégance indémodable.

Chiuri et Piccioli : une nouvelle ère

lorsque Valentino Garavani décide de se retirer du monde de la mode à la fi n de l’année 2007, l’héritage n’est pas aisé à relever ! Pourtant, la transition du maître à ses successeurs s’est faite en douceur. C’est que le duo romain qui préside aujourd’hui aux destinées créatives de la Maison y avait déjà une longue expérience. Diplômés de l’Institut européen de design à Rome, Maria Grazia Chiuri et Pier Paolo Piccioli ont d’abord créé quelques-uns des sacs les plus marquants de la griffe Fendi avant que Valentino fasse appel à eux pour concevoir une ligne d’accessoires qui incarne l’esprit de sa Maison. C’était en 1999.

 

 

les lunettes, sacs, chaussures, bijoux, châles et valises qui ont vu le jour au cours des années suivantes, au dessin élégant, à la sophistication assumée, aux finitions parfaites, sont devenus partie intégrante de l’univers Valentino.

Le feu d’artifice de la collection Printemps-Été 2010

Depuis le 4 octobre 2008, Maria Grazia Chiuri et Pier Paolo Piccioli sont «Creative Directors» de la Maison Valentino. leur style original, d’une grande richesse créative, s’incarne parfaitement dans la collection prêtà-porter Printemps-Été 2010. Cette nouvelle collection bouleverse les perspectives et les priorités. la femme Valentino a un charme dangereux, inattendu et déstabilisant. les délicates broderies et les dentelles acquièrent une touche patinée et les tissus se transmuent en substances précieuses. le jeu des ombres et des lumières, la dialectique de langages qui semblent antinomiques – art et artisanat, fi ction et réalité – contribuent à inscrire cette nouvelle collection, qui renouvelle l’esprit Valentino, dans une dimension onirique. Voici alors naître un éden inattendu, où les robes se métamorphosent en fl eurs nocturnes pleines de mystères, qui vibrent comme par magie dans une brise imaginaire.

 

 

 

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