Baby Dior

« Maintenant que la marraine de Cendrillon n’existe plus, le couturier doit être l’enchanteur. » C’est comme cela que Christian Dior voyait le royaume de l’enfance. Une sphère aussi douce et paisible que fut la sienne. Ainsi se conte l’histoire de Baby Dior à travers les âges…

 

Les premiers pas

L’enfance, cet univers entre le réel et l’imaginaire d’où jaillit l’innocence et l’insouciance. C’est à Granville dans une villa normande perchée au sommet d’une falaise, face à la mer, que celle de Christian Dior a vu le jour. Heureuse, elle témoigne de ce que seront, bien des années plus tard, sa mode, son style, sa maison de haute couture, ses parfums, son sillage. Tendre affiliation dans laquelle apparaît, en 1967, Baby Dior. Ainsi, pour mieux comprendre l’identité de la marque destinée aux tout petits, faut-il remonter le fil de l’histoire. Il était une fois Baby Dior…

 

Génétique du chic

Bercé par les Contes de Charles Perrault, le couturier n’a jamais cessé de puiser au cœur de ses merveilleuses réminiscences. Alors, quand vient l’occasion de faire plaisir aux trois filles de son ami Pierre Colle, Béatrice, Sylvia et Marie-Pierre, dont il est le parrain, il n’hésite pas à faire preuve d’inventivité. Pour Noël 1949, il offre aux fillettes des créations New Look en miniature pour leurs poupées. Il imagine également un trousseau complet pour un baigneur. Ce qui n’était qu’un divertissement pour Christian Dior va devenir, petit à petit, une activité réservée aux événements les plus exceptionnels, tels que des cérémonies de baptême ou de mariage. Puis ce sont les auteurs Kay Thompson et Hilary Knigh qui choisissent Christian Dior pour habiller leur héroïne fictive Éloïse, quintessence de la jeune fille modèle. Paru en 1957, le célèbre livre illustré Éloïse à Paris annonce, à sa façon, les balbutiements de Baby Dior.

 

La naissance de Baby Dior

Cette même année 1957, alors que Christian Dior disparaît au mois d’octobre, Marc Bohan devient directeur artistique pour le prêt-à-porter de Dior à Londres, alors qu’Yves Saint Laurent est chargé de la haute couture à Paris. Trois années plus tard, le départ du prodige Saint Laurent laissera le siège parisien libre à Marc Bohan. Il se fera l’instigateur d’une collection pour bébés et jeunes enfants. L’aventure féérique est lancée.

Le 7 novembre 1967, il y’a foule devant le 28 de l’avenue Montaigne. On y attend, S.A.S la princesse Grace pour un heureux événement : l’ouverture de la première boutique Baby Dior, dont elle est la marraine – une marraine digne des contes de fées. Dans cet un écrin œuvre du décorateur Victor Grandpierre, entièrement orné de vannerie immaculée et de piqué blanc, le vestiaire enchanteur éclos. Il y est vendu des peluches, des hochets, des médailles, des poupées de chiffon, des couvertures et draps, des serviettes de bain, des mules brodées des initiales BD, des cintres, embauchoirs ou sacs à chaussures. Et bien évidemment des vêtements pour enfants, dont des robes de baptême ou des robes de cortège en plus des habits plus classiques.

Au rythme de deux collections par an et de commandes exclusives, Baby Dior a fait battre les cœurs des plus grandes cours, des mondains et de leurs progénitures. Incontestablement, les madeleines proustiennes de l’enfant chéri Dior furent source d’inspiration. Des bals déguisés, des fêtes des Fleurs et des carnavals de sa ville natale.

 

L’élégance en héritage

Un demi-siècle aura suffi pour allumer les étoiles… De la villa Les Rhumbs à Granville, aux ateliers de Redon berceau breton de la grande tradition de la dentelle et des plissés, jusqu’aux portes de l’avenue Montaigne à Paris.

L’âme d’enfant du créateur a ainsi accompagné chaque directeur artistique de Marc Bohan à Gianfranco Ferré en passant John Galliano. Aujourd’hui, l’héritage se perpétue sous la houlette de Cordelia de Castellane. Elle qui fait revivre saison après saison les souvenirs, les anecdotes et les passions du couturier de la maison éponyme.

Comme Christian Dior en son temps, la créatrice ajoute une touche d’humour à ses modèles, qu’elle s’attache à nommer un à un. Elle aime également s’approprier les codes de la Maison, comme le motif cannage ou le muguet porte bonheur, pour les mixer à des matières et à des couleurs inattendues.

Sublime de modernité, se muant dans les plus belles étoffes, la garde-robe couture s’adapte au quotidien, parfois turbulent, des chérubins. Rien ne doit serrer, entraver, gêner gratter, irriter, incommoder. De quoi attendrir autant qu’éblouir. Si Monsieur Dior avait dû choisir un nouvel emblème pour la noble maison de l’avenue Montaigne, il aurait sans nul doute opté pour une cigogne, émissaire du renouveau, tant les rêveries chimériques insufflent à la couture un brin d’éternité…

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