Rencontre avec Pierre Cornette de Saint Cyr

Il est l’un des plus médiatiques commissaires-priseurs français.Depuis plus de trois décénnies,il fréquente assidûment l’avenue Montaigne : pour le plaisir des yeux mais aussi pour son activité professionnelle…

 

 

Vous connaissez bien le quartier?

Oui ! quand j’ai décidé de sauter le pas pour ouvrir ma première étude, en 1975, j’ai choisi l’hôtel George V pour tenir mes ventes. Il me fallait quelque chose de séduisant, d’élégant. À l’époque, déjà, je tournais beaucoup dans le quartier, j’allais notamment écouter de la musique et voir des représentations dans cet endroit merveilleux qu’est le théâtre des Champs- Élysées. J’ai une passion pour Paris, je passe mon temps à lui faire des déclarations d’amour ! Pour moi, l’Avenue Montaigne, c’est la quintessence de Paris: l’élégance, le raffinement, le changement permanent, la beauté des femmes. Il n’y a rien de plus beau au monde! Et le luxe, c’est l’image de la France, tous les grands créateurs viennent se faire sacrer à Paris, comme c’était le cas autrefois pour l’art: si vous ne passez pas par Paris, vous n’existez pas véritablement!

 

Vous avez fait de superbes ventes à drouot-Montaigne.

 

J’ai d’abord travaillé avec maîtres Loudmer et Poulain à la Madeleine mais c’est l’Avenue Montaigne qui a marqué mes débuts de commissaire-priseur. C’est ici, dans la salle de Drouot-Montaigne, sous le théâtre des Champs-Élysées, que j’ai fait mes plus belles ventes. Il y en a eu beaucoup mais quelques-unes m’ont davantage marqué, comme la vente de la collection Alain Delon, qui fut un événement mémorable en octobre 2007 avec une salle pleine à craquer et une vingtaine de records mondiaux. Alain Delon était venu me voir, avec mon premier marteau, que je lui avais donné autrefois. Il m’a dit : « nous allons faire une surprise à ton fils. Je vais lui offrir ton premier marteau et c’est lui qui va faire la vente.» Nous avions tous les larmes aux yeux ! Mon plus grand bonheur est d’être aujourd’hui associé à mes fils Bertrand et Arnaud et que mes deux autres fils Pierre et Louis soient aussi dans l’art…

 

Quels lieux vous ont marqué Avenue Montaigne?


 

J’ai beaucoup de souvenirs au Relais du Plaza Athénée ,de nombreux déjeuners et dîners ,mais j’y ai aussi fait une vente de charité avec Alain Ducasse. J’appréciais beaucoup le bar des Théâtres, qui vient malheureusement de fermer. C’était un véritable lieu culturel où l’on pouvait croiser Rostropovitch, des acteurs, des artistes. Je me souviens aussi d’une réunion chez Dior pour l’opération Frimousses, qui associe une exposition au Petit Palais et une vente de charité dans laquelle, chaque mois de novembre, des œuvres créées par des Maisons de couture à partir d’une poupée, sont adjugées. L’unicef avait eu la merveilleuse idée d’y associer des créateurs contemporains. J’ai commencé à faire appel à des peintres et des sculpteurs. Puis la fille de Bernard Arnault nous a dit : « J’ai Jeff Koons.» Tous les grands artistes sont aujourd’hui d’accord pour participer aux Frimousses, qui est devenue une institution et a toujours eu lieu à Drouot-Montaigne. Mais il nous faudra trouver un nouveau lieu puisque le bail n’a pas été renouvelé…

 

Et vous avez été l’un des premiers à vous intéresser à la haute couture.

 

Je suis parti d’un constat simple: les femmes qui possèdent ces habits merveilleux ne peuvent pas les garder indéfiniment, elles finissent par les donner ou les jeter. Il fallait sauver ce patrimoine ! Cela n’a pas été compris au début. Les journalistes me disaient:

« Vous êtes dans l’art. Pourquoi faites- vous des ventes de fripes ? » .Mais l’art n’est pas une question de domaine, c’est une question de niveau : Saint Laurent est un bien plus grand artiste qu’un mauvais peintre ! En une dizaine d’années, nous avons fait de superbes prix, par exemple pour cette petite veste d’Elsa Schiaparelli, créée en collaboration avec Cocteau : elle a été achetée plus de 200 000 euros par le Metropolitan Museum of Art!

 

 

 

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