Patrick Jouin, designer

patrick jouinIl est l’une des têtes de file de la nouvelle génération de designers, notamment connu pour le design des bornes Vélib ou de mobilier pour Cassina et Kartell. Alors que rien ne l’y prédisposait, il a noué un lien particulier avec l’Avenue Montaigne…

L’Avenue Montaigne est pour vous une rencontre assez tardive.

En effet, find je ne suis pas Parisien mais Nantais et lorsque je me suis installé à Paris au début des années 1990, c’était du côté de la Bastille, où j’étais étudiant à l’Ecole nationale supérieure de création industrielle (ENSCI). Pour être franc, je ne connaissais pas du tout l’Avenue Montaigne !

Comment s’est produit ce que l’on pourrait appeler le déclic ?

J’avais déjà travaillé avec Alain Ducasse, notamment sur un projet d’assiette pour un de ses établissements à Monaco. Lorsqu’on lui a proposé de reprendre le restaurant du Plaza Athénée, il a voulu lui donner une personnalité propre et il m’a appelé pour y travailler avec lui. C’était un projet à réaliser en urgence : nous étions en juin 1999 et il fallait tout faire en trois mois pour l’ouverture de septembre – avec le handicap de l’été, où de nombreuses entreprises et artisans sont en congé ! Cela a été ma prise de contact avec l’univers du luxe et de la gastronomie, que je ne connaissais pas – je ne savais pas même ce qu’était un chariot à desserts ou une cloche ! Je peux même vous raconter une anecdote : quand je suis arrivé pour la première fois au Plaza Athénée avec mon casque de scooter à la main, on m’a dit : « les coursiers, ce n’est pas par ici »… Alain Ducasse voulait marquer son arrivée et proposer quelque chose de différent – de la radicalité, de la simplicité, presque de la pauvreté – dans ce qui ambitionnait à redevenir un restaurant trois étoiles. Etant celui qui connaissais mal cet univers du luxe, j’étais peut-être la bonne personne !

Dans le déroulement de votre carrière, peut-on dire que l’Avenue Montaigne a joué un rôle important ?

Certainement. Ce premier projet a été suivi par celui du bar du Plaza Athénée, qui a été aussi novateur. Alors que les bars des palaces sont généralement réservés aux clients de l’hôtel et aux initiés, celui-là se voulait ouvert sur les Parisiens. Ces réalisations – c’est la première fois que l’on introduisait véritablement le design contemporain dans le monde des palaces parisiens – ont eu beaucoup de répercussions pour moi et mon agence. Cela a contribué à nous lancer !

Vous travaillez de nouveau sur le Plaza Athénée, mais vous venez aussi à l’Avenue Montaigne pour d’autres raisons.

Je n’ai pas de rapport professionnel avec d’autres maisons de l’Avenue Montaigne mais je travaille avec Puiforcat, qui n’est pas loin (avenue Matignon) et avec Van Cleef & Arpels, qui sont tous deux dans le même registre. Mon associé, Sanjit Manku, étant Canadien, je suis sensible au grand drapeau canadien qui flotte sur la façade de l’ambassade ! Du temps que la salle de ventes existait, j’aimais beaucoup flâner à Drouot-Montaigne en observateur. Après les concerts au théâtre des Champs-Elysées, j’appréciais le restaurant La Maison blanche – un lieu contemporain qui m’a donné du courage parce qu’il avait déjà introduit une forme de modernité. J’avais aussi un faible pour le bar des Théâtres où l’on pouvait croiser aussi bien des chauffeurs et des commis des boutiques que des comédiens et des musiciens. J’aimais cette atmosphère mélangée – sa fermeture m’a causé un petit pincement de cœur !

L’Avenue Montaigne, c’est une grande vitrine du luxe français, mais pas seulement…

Je pense qu’il faut tâcher de conserver la part de dimension populaire qui a pu exister dans ces lieux et que symbolisent par exemple les cafés de la rue François-Ier, près d’Europe 1, ou, au bout de l’Avenue Montaigne, le marchand de journaux, un élément essentiel ! Le charme du quartier, c’est une alchimie fragile, qu’il faut savoir conserver…

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