Nostalgie des anciens temps

Un trafic de rêve

Les embarras de la circulation au début du XXe siècle ? On n’y songe même pas. Au croisement de la rue François Ier et de l’Avenue George V, cette image ne nous renvoie qu’une atmosphère placide, presque campagnarde avec un cheval au repos et des piétons qui traversent la chaussée à petits pas. Le véhicule isolé dispose d’une enviable
marge de manoeuvre : la signalisation routière est encore inexistante… La physionomie des lieux n’a que modérément changé : sur cette carte postale, on reconnaît déjà le profil des immeubles haussmanniens avec leurs perspectives de balcons filants, au deuxième et au cinquième étages. Le photographe s’est placé devant l’actuelle boutique Hermès Sellier. L’hôtel particulier sur la droite a, lui, connu quelques transformations.
Son grand étage de verre accueille aujourd’hui Bulgari.

 

Rue François 1er

Rue François 1er

Une certaine douceur de vivre

Robes à crinoline et chapeaux raffi nés à l’ombre des becs de gaz : un certain art de vivre émane de cette image joliment colorisée. C’était, sous Napoléon III et au début de la troisième République, l’époque où certains quartiers de Paris avaient encore un petit air de village. Un village tout particulier puisque l’architecture est, elle, explicitement monumentale. les deux élégantes cheminent au croisement des rues François Ier et Pierre-Charron. on distingue, un peu plus bas sur la droite, le départ de la petite rue de Cerisoles (qui fait moins de cent mètres de long) puis, plus bas encore, la rue Marbeuf. les rues sont pavées : le macadam, qui a fait son apparition dès les années 1850, ne sera systématisé que plus tard. les trottoirs, innovation également récente, sont bien là, obéissant, comme les façades des immeubles, à des règles de proportion haussmanniennes : ils occupent 2/5e de l’espace séparant les deux côtés de la rue, les 3/5e restants étant dévolus à la chaussée. Au premier plan, sur le trottoir de gauche se trouve aujourd’hui l’hôtel Powers et, en face, l’hôtel Château Frontenac.

 

Rue François 1er

Rue François 1er

Au nom du roi François

Si la rue a adopté le nom d’un des rois de France les plus populaires, il y a certes une raison. le souverain n’a jamais habité ici : il préférait sa loire chérie, le palais du louvre ou, plus encore, celui de Fontainebleau. Mais c’est justement sa notoriété dans le coeur des Français qui a stimulé les promoteurs des premières décennies du XIXe siècle. En pleine Restauration, une fi gure royale pouvait être un bel argument marketing. C’est donc depuis Moret-sur-loing, qui deviendrait plus tard un village fétiche des peintres impressionnistes, que l’on déplaça une maison élégamment décorée et justement intitulée Maison François Ier. la rue et la place qui étaient en pleine gestation prirent évidemment le nom du monarque. Inutile de la chercher aujourd’hui : au
milieu du XXe siècle, la Maison de François Ier a refait le trajet inverse
et se trouve de nouveau chez elle, à Moret-sur-loing.

 

rue Bayard

Rue Bayard

1910, année mouillée…

Si Paris ne peut aller à Venise, Venise vient à Paris : c’est ce que laisse à penser cette image saisissante de l’inondation de 1910. l’eau, qui avait commencé à monter après les pluies diluviennes du début de l’année, dépassera les quais le 23 janvier et atteindra son maximum le 28 janvier. Elle envahira les Champs-Élysées jusqu’à la gare Saint-lazare, se répandra rue du Bac, rue de l’Université, boulevard Saint-Germain. les berges de la Seine sont évidemment submergées et les rues proches connaissent un sort similaire. Ce qui explique que l’Avenue Montaigne ait pris cette apparence de canal du Midi. Il fallait cependant continuer à vivre : on tente de se rendre au travail en barque et les livraisons se poursuivent avec des charrettes que la hauteur de leur garde rend amphibies. Quant aux spectacles annoncés sur les colonnes Morris, une bonne partie d’entre eux avait
été annulée…

 

 

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