Mode tous azimuts au palais Galliera

Et si l’on farfouillait dans les réserves ? C’est ce qu’ont fait Olivier Saillard, directeur du palais Galliera, et ses équipes, pour en exhumer des trésors et des curiosités de la mode d’autrefois.

Légende d’ouverture
Givenchy, robe en deux parties portée par Audrey Hepburn, 1966. Toile de laine

Quand Galliera revisite la mode
Le palais Galliera, entre le Trocadéro et la Seine, à deux pas du palais de Tokyo et du musée d’Art moderne de la Ville de Paris, a été conçu à l’origine pour abriter la collection d’art d’une riche mécène, Marie Brignole-Sale, duchesse de Galliera. Achevé en 1894, le bâtiment entouré d’un jardin accueille depuis 1977 les riches fonds de mode de la ville de Paris. Siège d’expositions majeures (récemment celles consacrées à Jeanne Lanvin ou à la comtesse Greffulhe), il effectue un travelling arrière sur deux siècles et demi de façon de s’habiller. De l’Ancien Régime à nos jours, du bleu de travail à la robe de soirée, il montre l’extraordinaire variété que peuvent décliner tissus, coupes et accessoires.
Image au choix : robe de Mme de Réty, manteau de Denise Poiret, pantalon d’ouvrier…

Le corset de Marie-Antoinette
La pièce qui ouvre l’exposition a appartenu à une reine de France finie sur l’échafaud. On sait que Marie-Antoinette ne dédaignait pas les belles toilettes et les bals – elle se rendait masquée de Versailles à l’Opéra de Paris – et cette réputation la desservit fort lorsque les temps changèrent… Dans les collections du palais Galliera, demeure cet habit d’exception, conservé entre les pages du livre de comptes d’une certaine madame Eloffe, qui fut marchande de mode à Versailles, chez qui l’on se fournissait en plumes, fleurs et autres gazes virevoltantes. Souvenirs émouvants sont les traces d’épingle sur le corset, rappelant tous les essais auxquels il a dû se prêter pour satisfaire la coquette reine…
Corset de la reine Marie-Antoinette, vers 1785, Taffetas de soie bleu, passementerie de soie bleue, busc de bois.

Les habits de Louis XVII
Les dernières années de l’Autrichienne ne furent guère heureuses. Avant de suivre son mari sur l’échafaud, en octobre 1793, sept mois après lui, elle avait déjà eu la douleur de perdre l’héritier du trône à la veille de la Révolution française (le 4 juin 1789). Il lui restait heureusement son enfant chéri, son « chou d’amour », Louis-Charles, le futur Louis XVII, dont elle ne connaîtra pas le destin funeste : il mourra deux ans après elle, en 1795. Tant qu’il fut en vie, il fut choyé et habillé avec grand soin, même dans les conditions difficiles de la détention au Temple. Le palais Galliera conserve cet ensemble en toile de coton rayée, qui témoigne de l’évolution de la mode enfantine et notamment de l’apparition du pantalon.
Habit, gilet et pantalon ayant appartenu à Louis XVII, Louis Charles de France, duc de Normandie, vers 1792. Toile de coton rayée, beige, marron. Boutons de bois recouverts de tissu.

La robe de Joséphine
Avant d’épouser Napoléon à un âge déjà assez avancé (lui avait 26 ans, elle 32), Joséphine avait eu une vie pour le moins agitée, perdant son premier mari (Alexandre de Beauharnais) sous la guillotine, collectionnant ensuite les amants dont Barras, l’un des directeurs. Elle avait cependant un goût affiché pour les robes virginales, d’un blanc délicat, comme celle-ci. Taillée dans un tissu probablement issu du commerce de contrebande – un comble pour la conjointe du chef de l’Etat (elle était déjà impératrice à cette date), cette mousseline aérienne connut le même destin que toute sa garde-robe : deux fois par an, dans l’intention de la renouveler, elle la distribuait par tirage au sort aux dames de la cour.
Robe parée de l’impératrice Joséphine (Marie Josèphe Rose Tascher de La Pagerie, dite Joséphine de Beauharnais), vers 1805. Mousseline de coton, broderies blanches au passé et au point de nœud formant des motifs végétaux – muguets, framboises et feuillages.

La jaquette de Cléo
Les femmes fatales du Second Empire et de la Troisième République se répartissaient en quelques catégories souvent limitrophes. Entre cocottes, demi-mondaines et grandes horizontales, il n’était pas toujours facile de faire la distinction… Cléo de Mérode, à la très longue vie (1875-1966), enflamma les imaginations masculines de la Belle Epoque mais fut plutôt sage. Danseuse à l’Opéra, pionnière de ballets exotiques (notamment les danses cambodgiennes à l’Exposition universelle de 1900), elle fit scandale lorsque le sculpteur Falguière moula une statue sur son corps nu. Cavalière émérite, elle pratiquait au Bois de Boulogne et cette jaquette dut avoir une valeur particulière dans son cœur. Cédée au musée par sa gouvernante, elle date en effet de son premier amour.
H.J. Nicoll – Londres et Paris. Jaquette d’amazone de Cléo de Mérode vers 1896-1898. Sergé de laine noir.

Du côté d’Hollywood
Le succès phénoménal d’Audrey Hepburn (1929-1993), après sa découverte par Colette à Monte-Carlo puis son premier film, Vacances romaines, tient à son charme, à sa fraîcheur, à sa beauté radieuse mais aussi à sa garde-robe, dessinée par un jeune couturier français, Hubert de Givenchy (né en 1927). C’est lui qui l’habilla dans Sabrina, Frôle de frimousse, Ariane, Diamants sur canapé, Charade, Deux Têtes folles… En 1966, l’année où elle endossa la robe que l’on voit en ouverture de cet article, elle triompha aux côtés de Peter O’Toole dans Comment voler un million de dollars, de William Wyler. Bien d’autres couturiers sauront nouer des relations fécondes avec les stars, de Christian Dior à Jean-Paul Gaultier dont l’exposition montre une audacieuse robe « aux seins obus » dont Madonna fit dessiner une version pour sa tournée de 1990 « Blonde Ambition Tour ».
Jean Paul Gaultier, robe dite « seins obus », Automne/Hiver 1984-1985, collection Barbès. Velours de soie abricot.

La robe de la duchesse de Windsor
Cette divorcée américaine fut honnie par la cour britannique pour avoir séduit le prince de Galles, lequel ne put régner qu’un an, en 1936, tant l’opposition à ce mariage fut féroce. La duchesse demeura cependant, jusqu’à sa mort à un âge avancé (en 1986, à près de 90 ans), une icône de la jet set internationale. Cette robe dessinée par Marc Bohan, qui prit la suite de Christian Dior subitement décédé, synthétise le « style Wallis », impeccable, un brin sévère, pour une silhouette très épurée. C’est dans cette robe bleu marine qu’on la voit sur une photographie de mai 1972, à Paris, en compagnie de la reine Elizabeth et du duc de Windsor, qui devait mourir quelques jours plus tard.
Dior par Marc Bohan, robe d’après-midi portée par la duchesse de Windsor, printemps-été 1972. Gazar.

Et plus encore…
Parmi les autres vêtements exposés, certains servirent à vêtir des personnages célèbres, comme le prince de Ligne (un joli gilet bleu en gros de Tours, du milieu du XVIIIe siècle), la fantasque Gala, compagne de Salvador Dalí après avoir été celle de Paul Eluard (un étonnant chapeau-chaussure dessiné en 1937 par Elsa Schiaparelli) ou la riche héritière américaine Anna Gould : sa cape du soir Redfern date de l’époque où elle épousa le désargenté aristocrate Boni de Castellane, lequel eut ce bon mot : « les Américaines sont belles vues de dot ». Les anonymes ont aussi leur place comme le prouve cette veste d’uniforme de forçat, en sergé de laine rouge. Elle était visible de loin en cas d’évasion…
Image au choix parmi les habits commentés : gilet du prince de Ligne, chapeau-chaussure de Gala, cape et salomés d’Anna Gould, veste d’uniforme de forçat…

A voir : Anatomie d’une collection, du 14 mai au 23 octobre 2016 au palais Galliera.
Catalogue Paris Musées.
www.palaisgalliera.paris.fr

Toutes photos : Collection Palais Galliera – © Eric Poitevin/ADAGP 2016

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