Mireille Darc, mannequin et actrice


mireille darcComment s’est passé votre premier contact avec l’avenue Montaigne ?

Je suis arrivée dans les années 60 à Paris, venant de Toulon. J’ai rencontré un monsieur que j’avais connu à Toulon. Je cherchais un endroit pour me loger et il m’a dit « Ecoute, j’ai une amie, une comtesse, madame de Montaigu, qui peut peut-être te louer une chambre ». Et madame de Montaigu m’a effectivement loué une très jolie chambre, au numéro 53 de l’avenue Montaigne, au fond de la cour, au 3e étage. Je n’avais pas grand-chose à manger car j’étais jeune comédienne et ma famille n’avait pas les moyens de subvenir à mes besoins. Mais j’habitais avenue Montaigne et j’étais très heureuse. Depuis, j’ai toujours eu des relations très gaies avec l’avenue Montaigne !

Comment était la vie à l’époque, dans les années soixante ?

Il y avait plus de commerces de proximité. Il y avait des épiceries, et même une poissonnerie dans la rue derrière. Il y avait un boulanger, juste après Chanel sur l’avenue même et, à côté, il y avait une pharmacie. Il y avait des boucheries un peu plus haut. Pour les librairies, il fallait traverser les Champs-Elysées. Sur l’avenue Montaigne, tous ces emplacements ont été occupés par des boutiques de mode. Mais ça ne me gêne pas, ça me permet d’aller ailleurs pour choisir le meilleur pain, dans la boulangerie que je préfère, les meilleurs légumes, etc. J’ai pris le parti que c’était très bien qu’il n’y ait plus de commerces de bouche sur l’avenue Montaigne !

Où sortiez-vous dans le quartier ?

J’ai beaucoup fréquenté le Bar des théâtres. Il y avait de nombreux acteurs, et pas seulement ceux qui jouaient au théâtre des Champs-Elysées. Beaucoup d’artistes venaient d’ailleurs, après leur représentation. Les garçons étaient toujours les mêmes, nous connaissaient, savaient ce qu’on aimait. J’allais souvent aussi au Plaza-Athénée. Quand nous vivions ensemble avec Alain Delon, nous avions beaucoup d’amis américains et nous les y rencontrions au restaurant.

Vous avez toujours habité avenue Montaigne ?

Non, pas du tout. Après, je suis partie, je suis allée vivre à Boulogne, sur les quais de la Seine, quai Kennedy. J’ai aussi vécu dans le bas de la rue François-Ier avec Alain Delon. Et puis je suis revenue avenue Montaigne il y a une dizaine d’années. C’est Anne-Marie Périer qui habitait ici et qui a quitté cet appartement pour aller vivre avec Michel Sardou. En partant, elle m’a dit : « Si tu veux le récupérer… »

Vous avez eu un rapport particulier avec les couturiers.

J’avais mon grand ami Guy Laroche, à côté du théâtre, j’ai passé une grande partie de ma vie chez lui. La mode m’a toujours beaucoup intéressée. C’est Courrèges qui m’a habillée le premier, puis il y a eu Yves Saint Laurent, qui n’était pas du quartier. Puis Guy Laroche, qui a fait pour moi cette robe dont on a beaucoup parlé : la robe du Grand blond avec une chaussure noire, qui est très décolletée dans le dos. Je l’ai donnée au musée du Louvre il y a quelques années.

Avez-vous tourné avenue Montaigne ?

Jamais. C’est triste mais jamais ! Mais j’ai tourné à côté : au rond-point des Champs-Elysées, un film avec Belmondo, les Distractions. C’était un tout petit rôle, nous étions trois mannequins, on ouvrait notre manteau et on était en guêpière ! Je n’ai pas non plus joué au théâtre des Champs-Elysées. J’ai joué à Marigny, qui n’est pas très loin, Sur la route de Madison avec Alain Delon, il y a trois ans.

Les décennies ont passé et vous aimez toujours l’avenue Montaigne…

Je trouve cette avenue insensée. Je ne suis pas à Paris ici, je suis à New York, je suis ailleurs, je suis en voyage, la plupart des gens que je croise parlent des langues étrangères et il y a toutes ces vitrines, ces limousines, ces chauffeurs. J’aime particulièrement le printemps, quand les marronniers sont en fleurs. Ici, les marronniers ont des fleurs rouges, comme les illuminations de Noël !

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