Madeleine Vionnet, une géante de la mode

Madeleine VionnetUne géante de la mode

La grande Madeleine

Nombreux sont les couturiers qui ont marqué l’Avenue Montaigne. Parmi eux : Jacques Doucet, les soeurs Paquin, ou Christian Dior. Mais il est une personnalité qui occupe une place particulière, flamboyante, dans l’entre-deuxguerres : la grande Madeleine Vionnet, installée au numéro 50. Un célèbre écrivain contemporain, Madeleine Chapsal connaît bien son histoire. Et pour cause ! “Madeleine Vionnet était ma marraine. Ma mère était son bras droit et j’ai donc connu le 50 avenue Montaigne alors que j’étais encore dans son ventre. Il faut dire qu’à l’époque, on ne s’arrêtait de travailler que peu de temps avant l’accouchement. C’était en 1925…” 1925, les Années folles, la révolution Art déco ! Qui peut prétendre mieux connaître l’Avenue Montaigne ?

Eloge de la coupe en biais…

Madeleine Vionnet est connue comme la grande dame de la coupe en biais, qu’elle introduit dans la mode féminine au moment de la Première Guerre mondiale. Comble de modernité, elle peut l’appliquer à un vêtement moderne, comme un manteau trois quarts à col en soie ivoire. Son autre grand titre de gloire, qui continue d’inspirer des créateurs d’aujourd’hui, comme Issey Miyake, c’est son plissé merveilleux, que seule Madame Grès pouvait égaler. Il était dans l’air du temps depuis que la célèbre danseuse Isadora Duncan, au tournant du siècle, avait popularisé les drapés de la Grèce antique. Les vêtements de Madeleine Vionnet étaient recherchés par les dames de la haute société mais aussi par les actrices en vogue comme Greta Garbo ou Marlène Dietrich. Pionnière en de nombreux domaines, elle fut l’une des premières personnalités de la mode à savoir défendre ses créations par un système de copyright.

Journaliste : persona non grata

Quelle allure avait donc cette Maison, la plus courue de Paris ? “Je me souviens encore de l’entrée imposante, du portier avec tous ses galons. Et aussi de la plaque tournante, au bout de l’allée : c’était un raffinement pour que les automobiles n’aient pas à manoeuvrer dans la cour…” On est à la pointe de la technique mais l’on n’oublie pas les défilés. Comment cela se passait-il alors ? “Dès l’âge de trois ans, j’assistais aux collections. Ce n’était pas comme aujourd’hui où les mannequins coûtent si cher : à l’époque, il y avait une présentation par jour, à 15 heures. Et quelle clientèle ! Des duchesses, des marquises, des reines, des actrices”. Et, l’on suppose, une nuée de journalistes… “Pas du tout. Contrairement à aujourd’hui, où tout est surmédiatisé, les journalistes n’étaient pas les bienvenus : on tentait plutôt de les décourager de venir !”

Une ruche effervercente

La Maison Madeleine Vionnet était un empire local. Pour la jeune Madeleine Chapsal, qui a fait revivre ses souvenirs dans La Chair de la robe, c’est une véritable fascination : “Mille deux cents couturières et ouvrières travaillaient là.

 

 

Il y avait de nombreux services fournis par la Maison : un médecin et même un cabinet dentaire ! Le soir, c’était une vraie sortie d’usine. Il n’y avait pas de contre-allées pour les voitures, comme c’est actuellement le cas, mais de larges trottoirs. Plutôt que de rentrer à la maison, les employées aimaient aller faire un tour sur les Champs-élysées.” La guerre approche et tout va changer.
“En 1939, Madeleine Vionnet, qui était âgée, a mis fin au bail et a fermé sa Maison, bien qu’elle ait dit qu’elle la laisserait à ma mère.”

Adieu Madeleine

“Je me souviens de la liquidation de tout le stock, par un commissaire-priseur parisien. Même les boutons ont été vendus ! J’ai une âme d’archiviste : j’ai conservé les

 documents de cette vente aux enchères. Ma mère a ensuite ouvert sa propre Maison, sous son nom, Marcelle Chaumont, au 19 avenue George V, et l’a dirigée jusqu’en 1953. Elle avait trois ateliers seulement.

Cela vous donne une idée des dimensions qu’avait le “50 avenue Montaigne” puisqu’il y avait vingt-six ateliers ! Et il y avait peu de boutiques autour, Dior, par exemple, n’avait pas encore ouvert.” Madeleine Chapsal se promène encore Avenue Montaigne.

Madeleine Chapsal

Né en 1925, Madeleine Chapsal est la fille de la couturière Marcelle Chaumont, elle même bras droit de Madeleine Vionnet. Ecrivain prolifique (on retiendra des romans comme La Maison de jade, La Femme abandonnée ou, à venir cet automne, Affaires de coeur et Journal d’hier et d’aujourd’hui),

 Madeleine Chapsal a aussi eu une importante activité de journaliste puisqu’elle a participé à la fondation et au développement du magazine L’Express, aux côtés de son mari Jean-Jacques Servan-Schreiber. Elle a laissé une belle description du monde de la haute couture parisienne dans La Chair de la robe, où elle raconte la saga Vionnet. Enfant, elle passait ses étés chez la grande créatrice, à Bandol. Un demi-siècle plus tard, elle réussit un petit exploit en réunissant les ouvrières survivantes de la grande Madeleine. Juste à temps pour recueillir les ultimes souvenirs d’une époque rêvée…

 

 

Quelques dates…

1876 Naissance de Madeleine Vionnet à Chilleurs-aux-Bois (Loiret)

 

1891 Naissance de Marcelle Chaumont

 

1896 Madeleine Vionnet travaille un an à Londres comme lingère

 

1901 Madeleine Vionnet chez les soeurs Callot, avenue Montaigne

 

1911 Premier vol direct Paris-Londres

 

1912 Ouverture de la Maison Vionnet au 222 rue de Rivoli

 

1914 Le début de la guerre contraint la Maison à fermer

 

1919 Création du logo Madeleine Vionnet

 

1922 Madeleine Vionnet s’installe au 50 avenue Montaigne

 

1925 Naissance de Madeleine Chapsal

 

1929 Krach à Wall Street

 

1933 André Malraux prix Goncourt avec La Condition humaine

 

1936 Front populaire

 

1939 Madeleine Vionnet ferme brutalement sa Maison à la veille de la guerre

 

1975 Décès de Madeleine Vionnet

 

1990 Décès de Marcelle Chaumont

 

2006 Le nom Vionnet, racheté en 1988, va revenir sur les podiums. Les propriétaires ont annoncé le lancement d’une nouvelle collection avec Sophia Kokosolaki comme directrice artistique.

 

 

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