L’incroyable maison pompéienne

Le prince Napoléon, Jean-Hippolyte Flandrin, 1860

Le cadeau fait à Rachel

Au numéro 18 de l’Avenue Montaigne s’élevait au XIXe siècle l’un des plus curieux hôtels particuliers de la capitale. Baptisé Maison pompéienne, il fut commandé par le prince Napoléon, sur un emplacement qui avait été utilisé pour le pavillon des beaux-arts lors de l’Exposition universelle de 1855. Surnommé Plon-Plon, Jérôme Napoléon (1822-1891) était le frère de la princesse Mathilde et portait le même nom que son père, le roi de Westphalie. Collectionneur, friand de théâtre, le prince Napoléon aimait réunir dans ses demeures l’élite intellectuelle du temps. On pouvait y croiser des écrivains comme Théophile Gautier, Charles-Augustin Sainte-Beuve ou Prosper Mérimée, des peintres ou des actrices comme la grande Rachel. C’est justement en l’honneur de Rachel, dont il était épris, qu’il passa commande de ce palais original et fastueux.

Rachel Félix, 1821-1858

Entre fresques et atrium

Sa polychromie abondante devait rappeler celle des maisons patriciennes de Pompéi, le célèbre site italien enseveli en l’an 79 par l’éruption du Vésuve et que l’on avait récemment redécouvert. Après avoir sondé Jacques Hittorf, connu pour avoir réalisé la gare du Nord, c’est finalement Alfred Normand qui dirigea les travaux. Cet architecte venait de passer cinq années exaltantes à Rome, occupé à faire des relevés de monuments antiques. À l’inauguration de la Maison Pompéienne, le 14 février 1860, c’est l’émerveillement général. Le public était pourtant difficile, habitué qu’il était à voir à cet endroit des pastiches architecturaux de très haute qualité : au numéro 20 était située la demeure néogothique bâtie par Jean-Baptiste Antoine Lassus pour un prince russe et, au numéro 22, la maison mauresque de Jules de Lesseps.

En pleine Antiquité !

Pourtant, là, tout était différent : on se croyait réellement transporté dans une demeure fastueuse de l’Antiquité italienne ! On y trouvait un atrium au sol de mosaïque, des murs peints à fresque d’un rouge profond, des tableaux de Jean-Léon Gérôme et de Pierre Cornu inspirés par l’Iliade et la mythologie grecque… Une grande bibliothèque, une collection d’antiquités égyptiennes, un bain turc aux coupoles bleues, une verrière, un vestibule avec portique assuraient le plus parfait confort matériel et intellectuel.     L’inauguration, en présence de Napoléon III et de l’impératrice Eugénie, se fait de la plus belle manière, avec une représentation théâtrale (Le Joueur de flûte d’Emile Augier), un concert et un banquet, auxquels est convié le Tout-Paris qui compte. La Maison pompéienne semblait promise à un destin éclatant…

Le chagrin de l’architecte

Il n’en sera rien. L’ adorée Rachel s’éteint en 1858, avant même l’achèvement de la maison. Puis le prince Napoléon se marie avec Clotilde de Savoie, une femme profondément croyante : pas question pour elle de vivre dans la maison de l’amante ! Par ailleurs, les relations se tendent entre Jérôme et l’empereur, son cousin germain. Préférant résider à l’étranger, en Suisse et en Italie, il met sa demeure en vente dès 1866. En quelques années, malgré les tentatives de rachat, elle est abandonnée et tombe en ruines. Alfred Normand, qui se fait apprécier en 1871 pour la restauration de la colonne Vendôme et de l’arc de Triomphe, assiste avec amertume à l’agonie de son chef-d’oeuvre. La Maison Pompéienne est détruite en 1891. Il n’en reste aujourd’hui que quelques rares photographies, des dessins aux couleurs somptueuses, conservés au musée des Arts décoratifs, et un souvenir magnifié par le temps…  

Commentez le premier !