Les Catherinettes, 25 ans déjà !

Elles sont jeunes, elles sont belles et, surtout, elles sont coiffées d’un superbe chapeau vert et jaune. Les candidates à la couronne de catherinette attendent avec impatience chaque 25 novembre.

Nécessaire tradition
En 1989, le Comité Montaigne faisait un pari osé en voulant ressusciter une ancienne tradition du monde de la couture : l’élection des catherinettes. A une époque où les adolescents perdent tôt leur innocence (et leurs illusions), cela avait-il un sens de célébrer par un chapeau symbolique les jeunes filles nubiles et méritantes de plus de 25 ans ? Le succès de la manifestation, qui vient justement de passer ce cap symbolique (elle a fêté son vingt-cinquième anniversaire à l’automne 2014), prouve que l’idée était bonne. Dans un monde en perpétuelle ébullition, où les modes ont des durées de vie toujours plus courtes, où de nouveaux trends naissent chaque jour et sont immédiatement répercutés par les technologies de l’information, il fait bon de retrouver parfois le rythme du « temps long » cher aux historiens…

Martyre d’un pays chaud pour les mois froids…
Premier ingrédient : la date. L’événement est sous l’égide de Catherine d’Alexandrie, une sainte au destin particulièrement tragique, que l’on fêtait le 25 novembre. Catherine paya cher son entêtement et son courage. Refusant d’abjurer sa foi, refusant également de devenir la femme du roi, elle tint tête à cinquante philosophes païens dans une discussion devenue célèbre. Ceux-ci, qui pensaient la réduire en un instant, furent au contraire subjugués par ses arguments et se convertirent après l’avoir écouté parler. Pour la punir, le bourreau prépara pour elle une terrible roue aux dents de fer, qui auraient dû la déchiqueter mais qui s’émoussèrent miraculeusement au seul contact de sa peau. Il fallut finalement la décapiter pour avoir raison d’elle. Mais, auparavant, la femme du roi et une bonne partie des fonctionnaires et soldats du palais s’étaient déjà convertis à la foi chrétienne…

Tout est dans le chapeau
Deuxième ingrédient : le chapeau. Pourquoi donc ? Le culte de sainte Catherine se diffusa rapidement après sa mort, que l’on situe au IVe siècle. Tout au long du Moyen Âge et même aux temps modernes, de nombreuses fêtes l’ont évoquée, comme celle qui se tient toujours à Vesoul. Parmi les innombrables métiers et corporations se réclamant d’elle figuraient, outre les couturières et les fileuses de laine, les rémouleurs, les notaires, les nourrices, les philosophes. Et les femmes à marier… Ce sont elles qui avaient pris l’habitude, à chaque retour de sa fête, d’aller coiffer d’un chapeau une statue de la sainte, en lui demandant d’exaucer un vœu : trouver un (bon) mari dans l’année… Si l’Eglise catholique a fini par retirer sainte Catherine de son calendrier, tant son existence reste sujette à caution, sa notoriété n’en a guère souffert. En tout cas, les petites mains de l’Avenue Montaigne ne l’ont jamais oubliée !

Chanel au sommet
C’est ainsi que, chaque 25 novembre, dans le cadre grandiose du théâtre des Champs-Élysées, ce qui se fait de plus original en termes de couvre-chef a rendez-vous pour une descente solennelle du grand escalier. Seuls impératifs : l’usage de couleurs imposées, le jaune et le vert, qui ont évidemment une symbolique précise : la foi et le savoir. Munie de ces deux atouts, les jeunes filles sont évidemment bien chapeautées ! En 2014, pour ce « jubilé », c’est Chanel qui a remporté les suffrages, bissant avec son thème du super-héros le succès de l’année précédente. Les dauphines furent de Dior, qui défendait une approche toute florale sous l’égide de Stephen Jones, d’Ungaro, qui osa l’utilisation du plastique, de Nina Ricci, apôtre d’une option « pierres précieuses » et de l’Institut supérieur de Marketing et du Luxe, qui se permit un remake applaudi de Bonnie and Clyde ! « Une bonne cuvée ! » concluait Jean-Claude Cathalan, président du Comité Montaigne.

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