Leo et Perla : Gucci printemps-été 2019

Leo de Berardinis et Perla Peragallo ont été les deux Dioscures les plus transgressifs et passionnés, les plus décadents et les plus irréguliers du théâtre de recherche italien. Leur « théâtre de la contradiction » a été un lieu de dissidence permanente.

 

 

Un espace dans lequel on proposait des alternatives radicales à la société et aulangage artistique de leur époque. C’est leur idée du théâtre, en effet, qui remet en cause l’immobilisme établi, le conformisme et le pouvoir. Un regard anarchiste et libertaire ouvert au ux de la vie.

Pour Leo et Perla, le théâtre ne peut être réduit au spectacle, car le spectacle neproduit rien d’autre qu’une esthétisation du déjà connu, une représentation mortifèreà vivre passivement. Le théâtre doit plutôt être compris comme « art primordialdu savoir collectif, de l’horreur et de la joie d’être, laboratoire d’expérimentation de la complexité de la vie dans des situations simpli ées de l’espace et du temps » (L. de Berardinis). C’est le théâtre, en fait, qui a la capacité de créer la nostalgie d’une vie autre, de vibrer avec des tensions éthiques et politiques, de déployerpoétiquement un potentiel de transformation.

 

 

Pour atteindre cet objectif, Leo et Perla construisent des trames hallucinées, folles et fragmentées. Ils expérimentent des langages théâtraux capables de surmonter les distinctions entre genres et disciplines, en conjuguant les registres dramatiques et comiques, en mariant l’art « élevé » à la culture populaire. Le résultat est une poétique combinatoire et polysémique dans laquelle Shakespeare, Rimbaud, Strindberg et Maïakovski réagissent avec le drame, la chanson mélodique et la drôlerie de Totò. Dans ce cadre, c’est l’assemblage de matériaux hétérogènes et décontextualisés qui libère de nouvelles réverbérations et signi cations. Un théâtre de contaminations,apparemment illogique et déstructuré, qui produit des épiphanies et des détonations.

 

 

Nous parlons d’un théâtre déroutant, fou et évocateur que les deux comédiens construisent avec une extrême rigueur et une maîtrise des moyens expressifs. Leo et Perla assument la responsabilité de chaque détail de la scène appelé à participer à l’action théâtrale: lumière, mouvement, costumes, décors, sons et bruits. C’est une syntaxe théâtrale vécue comme une expérimentation absolue, c’est-à-dire profonde et extrême. Une action de dé/montage qui combine et resigni e le craquement du verre brisé et l’audace de Schönberg, les voix ampli ées et les« corps géopolitiques », les images cinématographiques déformées et les mélodiesde Verdi, le grondement de l’eau et le somnambulisme de Lady Macbeth.

 

 

Il s’agit de fragments qui se réorganisent autour d’une intensité expressive capable d’amener ailleurs, de suggérer « l’apparition unique d’un éloignement » (W. Benjamin), d’évoquer de nouvelles possibilités de sens. C’est dans cette tension visionnaire que l’aura poétique se traduit par un projet politique. Le ressenti scénique en tant que frontière du possible.

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