Le Théâtre des Champs-Élysées

À elle seule, l’Avenue Montaigne symbolise l’optimisme de la Belle Epoque, cet ultime flamboiement mondain avant la tuerie de la Grande Guerre. Alors que les nuages diplomatiques s’amoncellent, on inaugure en grande pompe, le 30 mars 1913, le Théâtre des Champs-Élysées. Il est situé non loin d’une parcelle autrefois mal famée, où avait vécu Alphonse Daudet, alors sans le sou…

Le Théâtre des Champs-ÉlyséesEntièrement bâtie en béton armé par l’entreprise des frères Perret, d’après les esquisses d’Henry Van de Velde avec une excellente acoustique, c’est l’une des plus belles salles d’Europe : celle que Paris attendait depuis longtemps ! Voulue par un personnage hors du commun, Gabriel Astruc, et financée par le mécénat des grands banquiers, elle va marquer l’histoire de la musique, de la danse et du théâtre du XXe siècle.

 

 

 

 

 

Le Théâtre des Champs-Élysées

 

Les plus grands artistes du moment collaborent à l’édifice. Sur ce bâtiment austère, qui privilégie la véracité architecturale, Antoine Bourdelle dispose de larges bandeaux pour ses bas-reliefs. Au fronton, il installe Apollon, en compagnie des Muses. Sur la portion de façade courbe, il sculpte la Tragédie, la Comédie et le Drame. Bourdelle, encore lui, s’attaque au hall, mais sans marteau et ciseau. Ce sont des fresques à la beauté diaphane, de fond marin, qu’il exécute en un temps record. Exploit identique à mettre

Le Théâtre des Champs-Élysées au crédit de Maurice Denis, qui maroufle, autour de la coupole lumineuse, ses longues toiles mythifiant l’opéra, la symphonie, le choeur ou la sonate. Où encore pour la comédie Ker-Xavier Roussel pour un rideau de scène invoquant Bacchus ou Vuillard racontant l’histoire de Faust. Les bonnes fées de l’art moderne se sont penchées sur le théâtre…

 

Quelques semaines après l’inauguration, le théâtre accueille, le 29 mai 1913, les scandaleux Ballets russes de Diaghilev, avec le divin Nijinski dans le Sacre du Printemps de Stravinsky. Sifflets, coups de poing sont échangés dans les loges, dans les escaliers, jusque sur le trottoir. C’est un baptême en fanfare qui inscrit pour toujours le Théâtre des Champs-Élysées dans les manuels d’histoire ! Suivront d’autres premières mémorables dans chacune de ses trois salles (outre la principale, celles de la Comédie et du Studio) : Cocteau, Picabia et Satie pour Parade ou Relâche, Louis Jouvet, Boulez et Messiaen mais aussi Joséphine Baker, Roland Petit et Janine Charrat, le TNP et Gérard Philipe.

 

 

Le Théâtre des Champs-Élysées

 

 

Après tant d’années de bons et loyaux services, le Théâtre des Champs-Élysées aborde les années 1980 en mauvaise santé. Son nouveau propriétaire, la Caisse des dépôts, lui accorde la cure de jouvence dont il avait bien besoin, rénovation à l’identique des parties recevant le public, mise en conformité de l’ensemble des équipements techniques. Un nouveau bail pour une salle mythique, prête à affronter le XXIe siècle…

 

Le Théâtre des Champs-Élysées

 

 

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