Le rond-point des Champs Elysées, un carrefour d’exception

Rond-point des Champs-Élysées, 1903

L’idée de Le Nôtre

 

C’est l’un des croisements essentiels de Paris, et l’un des plus «glamour». Le Rond-point des Champs-Élysées se trouve à l’intersection de certaines des plus chics avenues de la capitale. Il y a d’un côté, menant vers la Seine, l’Avenue Montaigne, puis l’Avenue Matignon, l’Avenue Franklin Roosevelt, et, évidemment, les Champs-Élysées. Son dessin initial a été établi par Le Nôtre, le grand prêtre des jardins à la française, en 1670, sous le règne de Louis XIV. Il servait alors de conclusion spectaculaire à l’allée du Roule, que parcouraient en promenade les plus beaux équipages. Un siècle plus tard, des entrepreneurs tentent d’en faire un lieu de loisirs avec un parc d’attractions avant l’heure, le Colisée, mais il ferme ses portes avant même la Révolution tant le standing des lieux a chuté : il est davantage un coupe-gorge qu’un rendez-vous à la mode.

D’une statue à l’autre

Sur ce lieu stratégique, le pouvoir a voulu édifier des statues symboliques mais nombreuses sont celles qui sont restées à l’état de projets. Ainsi, l’un des inspirateurs de la Révolution, Jean-Jacques Rousseau, devait s’y voir immortalisé en bronze mais ce souhait de la Convention est balayé par les changements trop rapides de régime. Au temps de la Restauration, on change évidemment de référence : c’est Louis XV, autrefois le Bien-Aimé, qui doit s’y élever. Mais les lenteurs administratives condamnent le projet : lorsque l’on s’apprête à fondre le bronze, voilà que se déclenche inopinément la Révolution de juillet 1830. Même des constructions moins polémiques, comme ces fontaines dessinées par René Lalique, ont eu du mal à se maintenir longtemps en place, menacées par les transformations de la voirie face à un trafic en perpétuelle augmentation. Elles furent démolies dans les années 1950.

 

Rond-point des

Champs-Élysées, 1900

Rond-point des

Champs-Élysées, 1950

René Lalique,

1860-1945

Célèbres habitants

Sur le pourtour du Rond-point s’élèvent certaines des adresses les plus disputées de Paris. Qui ne rêverait d’habiter au 1, Rond-point des ChampsÉlysées ? Ce privilège fut d’abord celui de Joseph Oller, entrepreneur catalan. Son nom a été oublié, pas celui de sa création la plus fameuse : le Moulin Rouge. Il fut aussi à l’origine de l’Olympia. À la même adresse vécurent ensuite le baron et la baronne Gourgaud, dont le nom a survécu
à travers leur collection d’art moderne (une partie peut être admirée au Centre Pompidou) et les portraits que firent d’eux des artistes renommés (notamment Marie Laurencin). Dans l’histoire de la mode, le 1, Rond-point des Champs-Élysées est notable pour la boutique qu’y ouvrit Paul Poiret en 1925. Quelques années à peine avant que la crise de 1929 ait raison de son empire, il révolutionnait le concept de magasin de mode, donnant une importance fondamentale à la vitrine.

 

Baronne Gourgaud

Joseph Oller,
1839-1922

Paul Poiret,
1879-1944

De Paul Poiret à Dassault

Deux hôtels mitoyens ont eu un temps la même propriétaire : Félicie Sabatier d’Espeyran, veuve d’un riche commerçant de Montpellier. Au 7, dit hôtel d’Espeyran, officie aujourd’hui la maison de ventes Artcurial. Le 9, dit hôtel du Rond-point, a, lui, été longtemps associé au nom de Marcel Dassault. C’est ici qu’était installée la rédaction de son magazine, Jours de France, et c’est encore le siège, aujourd’hui, du groupe Dassault. Au même emplacement s’élevait auparavant l’hôtel Le Hon, construit par le duc de Morny, demi-frère de Napoléon III et créateur de Deauville, pour sa maîtresse, la comtesse Le Hon. Au 12-14, l’hôtel Bamberger, du nom du fondateur de la Banque de Paris et des Pays-Bas, a aussi accueilli la rédaction du Figaro et la Maison de couture Jean Dessès (chez qui s’habillait Aristote Onassis), où le jeune Valentino, à peine arrivé à Paris, fit ses premières armes.

 

   

Jean Dessès,
1904-1970

Lever de rideau

À l’origine du Théâtre du Rond-point, célèbre institution culturelle, se trouve la compagnie Renaud-Barrault. À la fin des années 1970, les deux célèbres comédiens (Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault) doivent quitter une nouvelle fois les lieux qu’ils occupent : ils sont en effet installés dans la gare d’Orsay qui doit être transformée en musée de l’art du XIXe siècle. En remplacement, on leur propose la Rotonde des Champs-Élysées, en face du théâtre Marigny (qu’ils avaient également connu, en 1953, au début de leur itinérance). Dans ce qui fut un panorama puis une patinoire, le nouveau théâtre, entièrement redessiné à l’intérieur, est inauguré en 1981. Après une décennie sous la direction Renaud-Barrault, marquée par des oeuvres de Marguerite Duras ou Samuel Beckett, le théâtre connaît une période faste avec Marcel Maréchal, entre 1995 et 2000. Le théâtre est aujourd’hui dirigé par Jean-Michel Ribes et propose une programmation diversifiée et souvent iconoclaste.

 

Théatre du rond-point des Champs Elysées

Jean-Louis Barrault, 1910-1994
Madeleine Renaud, 1900-1994

Le Tour en beauté

On pourrait enrichir longuement la liste des événements et des lieux qui ont marqué l’histoire du Rond-point des Champs-Élysées. Le drugstore Publicis a ainsi laissé un souvenir durable. Le premier de ces magasins d’un type nouveau à Paris – mêlant librairie, tabac, brasserie – avait été créé en 1958 à l’Étoile par Marcel Bleustein-Blanchet, qui en avait eu l’inspiration en se promenant à New York, à jeun, un soir… Le drugstore du Rond-point fut le troisième établissement après celui de Saint-Germain-des-Prés. Ouvert en 1970, sa fin a été peu flamboyante : cédé par Publicis, il a fermé en catimini le dernier jour de l’année 2001. Le Tour de France, en revanche, n’a jamais déserté les lieux depuis 1975. Auparavant, il s’achevait au Parc des Princes mais le parcours de la dernière étape a été modifié à la demande d’Yves Mourousi et des organisateurs de l’épreuve. Son passage par le Rond-point (à plusieurs reprises car il s’agit d’un circuit en boucle) signe depuis près de quarante ans l’apothéose de l’épreuve : le sprint final sur la plus belle Avenue du monde…

 

Rond-point des Champs-Élysées

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