Le Plaza Athénée côté septième art

Une Avenue et un hôtel très cinéphiles

Les liens de l’Avenue Montaigne avec le cinéma sont bien connus. L’univers de la mode,
incarné dans des Maisons prestigieuses et la présence d’institutions culturelles d’excellence, dont le Théâtre et la Comédie des ChampsÉlysées sont le symbole, lui donnent un glamour très particulier. Tout récemment, c’est Danielle Thompson qui y tournait Fauteuils d’orchestre (2006) avec Cécile de France, Valérie Lemercier et Albert Dupontel. On y voyait différents registres de la vie locale, du quotidien d’une serveuse au Bar des Théâtres aux soucis d’un client fortuné de Drouot. Ces rapports entre l’Avenue et le cinéma se déclinent parfois d’autres manières, plus inattendues. Ainsi chez Artcurial, l’autre grande Maison de ventes du quartier, la collection de tableaux de Gérard Oury, le réalisateur bien connu de La Grande Vadrouille (et par ailleurs père de Danielle Thompson, qui fut sa scénariste) a été mise aux enchères après son décès. Elle comptait notamment de superbes Dufy.

Frénésie pour Rudolph Valentino

Rudolph ValentinoEn vérité, il n’y a rien de nouveau à cette attraction mutuelle entre l’Avenue Montaigne et le septième art. Dès les débuts du genre, les acteurs fréquentent les parages. Il faut dire qu’ils y sont notamment attirés par l’un des grands palaces parisiens, le Plaza Athénée. L’une des grandes stars du cinéma muet, le séducteur par excellence, Rudolph Valentino, y fait trois séjours remarqués entre 1923 et 1926. L’acteur italien avait déjà vécu dans la capitale française. Mais c’était en 1912, bien avant sa gloire ! Le jeune homme de 18 ans y survivait d’expédients et de petits métiers. À la fin 1913 (le Plaza Athénée a été inauguré cette même année), il s’embarque pour New York. Lorsqu’il revient à Paris, dix ans plus tard, c’est auréolé de sa réussite à Hollywood dans Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse ou Le Cheikh. Le quotidien « Le Temps » décrit sa popularité lorsqu’il débarque à Paris en août 1923, en compagnie de son épouse Natacha Rambova. Il est alors « l’homme le plus beau du monde », « gagne 125 000 dollars par scénario en Amérique » et « reçoit 2 000 lettres par jour »…

 

Marlene Dietrich, l’ange de l’Avenue Montaigne

Marlène DietrichAu moment où Rudolph Valentino disparaît au sommet de sa gloire, le jour de la première du Fils du cheikh, en 1926, Marlene Dietrich est une jeune actrice allemande de 25 ans. Elle a déjà été remarquée par quelques metteurs en scène mais elle s’est pour l’instant limitée à des tours de chant, à des rôles au théâtre et à quelques fugaces apparitions sur pellicule. En 1929, elle tourne dans L’Enigme de Curtis Bernhardt, un film muet. Sa consécration intervient l’année suivante avec L’ A nge bleu de Josef von Sternberg, qui en fait du jour au lendemain une vedette internationale. Les épousailles de la star avec l’Avenue Montaigne seront bien plus durables que dans le cas de Rudolph Valentino. Habituée elle aussi du Plaza Athénée, qui conserve pieusement les cardex attestant ses nombreux séjours (au mois d’août 1933, elle y occupe sept chambres pendant trois semaines !), elle s’installera définitivement dans un appartement de l’Avenue, au n°12. Retirée des scènes au milieu des années 1970, elle restera fidèle à cette adresse, où elle continuera de recevoir quelques amis proches, jusqu’à sa mort, en 1992.

 

Arletty, Hitchcock, Sofia Loren…

Une particularité des palaces – et cela peut surprendre le néophyte qui se plaît à les imaginer comme le siège d’un ballet permanent – est la longueur de certains séjours. Les armateurs grecs de la grande époque se distinguaient en cela : ils pouvaient réserver des chambres à l’année pour être sûrs de ne jamais être bredouilles… Les acteurs ont pu agir de même : on se souvient d’un séjour de six mois de Richard Burton et Elizabeth Taylor, en 1971 : ils formaient alors le couple le plus en vue de la planète cinéma et leur entourage occupait plusieurs chambres. Arletty, à la faconde si parisienne, était une grande habituée. Pascal Payen-Appenzeller, dans sa monographie de l’hôtel, rappelle
que l’un des managers de l’époque, François Dupré, avait prévu dans son testament de
lui laisser l’usage gracieux de deux chambres jusqu’à sa mort… D’autres viennent et
reviennent, sans se lasser jamais : Gina Lollobrigida, Laurence Olivier, Sofia Loren ou
Alfred Hitchcock, qui pouvait arborer ses grands cigares en un temps où l’interdiction
de fumer n’était pas aussi sévère qu’aujourd’hui…

 

Arletty   Alfred Hitchcock

Arletty

1898-1992

 

Alfred Hitcock

1899-1980

 

Grand écart entre Cocteau et Travolta

D’autres amateurs de cigares furent évidemment les grands producteurs et réalisateurs
américains, à qui l’on doit certains des plus beaux films hollywoodiens : Darryl Zanuck
(Les Raisins de la colère, Eve), David Selznick (Autant en emporte le vent), John Ford, le roi du western, King Vidor ou Otto Preminger. La liste pourrait être interminable tant le
livre d’or de l’hôtel se lit comme un résumé de la jet set et de l’intelligentsia fortunée du
XX e siècle. Dans ce qui semble un grand écart impressionnant, on y retrouve les plus
belles femmes du monde (Ava Gardner ou Vivien Leigh), la vieille Europe de la culture
avec ses talents éclectiques et esthètes (Federico Fellini, Fritz Lang, Jean Cocteau) et
même… les idoles de la jeunesse dans le vent. Le plus incroyable est cette capacité du Plaza Athénée – et de l’Avenue Montaigne – à rapprocher des talents que tout semble éloigner. Qui est l’un des invités d’honneur à l’anniversaire d’Arletty en 1987 ? John Travolta, qui était déjà venu dix ans plus tôt, à l’époque où il incarnait
La fièvre du samedi soir…

 

Jean Cocteau   John Travolta

Jean Cocteau

1889-1963

 

John Travolta

1954

 

 

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