L’Avenue entre en littérature

De Montaigne à Balzac

On sait que l’Avenue Montaigne a inspiré le septième art (Fauteuils d’orchestre de Danièle thompson, où l’action gravite autour du théâtre des Champs-Élysées, de Drouot-Montaigne et du Bar des théâtres) et la chanson (dans Avenue Montaigne, Serge
Reggiani rend hommage à Marlene Dietrich, qui y a vécu : «Dans l’ombre qui baigne / La chambre où elle règne / Sur l’Avenue Montaigne / Lily revoit / Sa vie à l’envers»). Bien évidemment, on retrouve aussi sa trace dans la littérature. À l’époque où elle s’appelait Avenue des Veuves et où elle n’était pas toujours très bien famée (comme le nom l’indique, c’était un lieu de rendez-vous), Balzac s’en est servi dans La Cousine Bette : c’est ici que se tenait le bal Mabille dans lequel on venait danser et s’encanailler en charmante compagnie.

 

Honoré de Balzac

Honoré de Balzac, 1799-1850

Champfleury défend Courbet

Un peu plus tard, en 1855, ce sont les journalistes qui prennent la plume. Gustave Courbet, bravant toutes les convenances, a décidé de contourner le Salon et l’Exposition
universelle, qui snobaient ses peintures. Au rond-point de l’Alma, il a donc construit à ses frais un pavillon, ouvert au public, où il expose une quarantaine de ses oeuvres, dont deux toiles immenses qui font scandale : Un Enterrement à Ornans et L’Atelier du peintre. Il a même imprimé un catalogue qu’il vend à bas prix. Champfleury en parle avec enthousiasme dans sa correspondance avec George Sand : «À l’heure qu’il est, madame, on voit à deux pas de l’Exposition de peinture, dans l’Avenue Montaigne, un écriteau portant en toutes lettres : DU REALISME. G. COURBET (…). C’est une audace incroyable, c’est le renversement de toutes institutions par la voie du jury, c’est l’appel direct au public.»

 

L'atelier du peintre

L’atelier du peintre, 1855 – musée d’Orsay

D’Alphonse Daudet à Emile Zola

En 1867, Édouard Manet suivra l’exemple de Courbet et montrera dans son petit pavillon de l’Alma des oeuvres sur le thème de la corrida, avec un succès mitigé. Il y reçut peut-être la visite d’un écrivain qui habita dans l’Avenue Montaigne à peu près à cette époque : Alphonse Daudet, qui n’était pas encore l’auteur célébrissime des Lettres de mon moulin. Comme Courbet, comme Manet : en 1900, c’est au tour d’Auguste Rodin, à l’occasion de l’Exposition universelle, d’ouvrir sa salle d’exposition personnelle. Dans
ce troisième «pavillon de l’Alma», il montrera près de deux cents oeuvres, illustrant l’ensemble de sa carrière. Un droit d’entrée est perçu pendant la semaine mais c’est gratuit le dimanche ! Emile Zola fut fort impressionné par l’initiative de Courbet. Dans son propre tableau de Paris – le cycle des Rougon-Macquart –, il ne pouvait manquer d’envoyer ses héros Avenue Montaigne. Aristide Rougon (dit Saccard) et son fils
Maxime s’y retrouvent, comme les personnages d’Honoré de Balzac, au bal Mabille, qui a décidément nourri la littérature française !

 

Alphose Daudet Auguste Rodin Emile Zola

Alphose Daudet

1840-1897

Auguste Rodin

1840-1917

Emile Zola

1840-1902

 

Noir Montaigne

Mais l’Avenue Montaigne n’a pas toujours le visage du drame et du sérieux. Elle s’est parfois prêtée aux pastiches. Dans X Roman impromptu (republié par les éditions du léopard masqué), de grands écrivains, à l’époque jeunes et peu connus (tristan Bernard, Jules Renard, Georges Courteline), s’amusent à écrire un roman à plusieurs mains,
chacun rédigeant un chapitre. l’intrigue est assez embrouillée mais son point de
départ est exposé dès les premières lignes : «- Voilà, dit le brigadier, un gaillard que nous avons pincé en train de jeter des pierres dans les fenêtres de madame veuve Coignet 53, Avenue Montaigne. C’est un anarchiste de la pire espèce.» Dans la veine du roman noir, léo Malet a aussi fait travailler son célèbre détective dans le quartier. Dans
Corrida aux Champs-Élysées, l’enquête amène Nestor Burma du côté de la rue Jean-Goujon et de l’Avenue Montaigne.

 

Tristan Bernard Jules Renard  

Tristan Bernard

1866-1947

Jules Renard

1864-1910

 

     
Georges Courteline Léo Malet  

Georges Courteline

1858-1929

Léo Malet

1909-1996

 

 

Et aussi Cendrars, Blixen…

Comment les citer tous ? Blaise Cendrars, grand bourlingueur devant l’Eternel, a aussi habité – et donc forcément écrit – Avenue Montaigne. Il logeait à l’hôtel de l’Alma, qui n’existe plus et c’est là que sa fi lle Miriam vint le retrouver en 1936, en auto-stop depuis la Suisse. on peut imaginer qu’il but quelques whiskies dans les environs avec
certains de ses amis comme Henry Miller. D’autres écrivains étrangers ont intégré l’Avenue dans leur production littéraire. Dans Le Vieux Chevalier errant, l’un des Sept Contes gothiques de Karen Blixen, l’écrivain danoise rendue célèbre par le fi lm Out of
Africa, un jeune aristocrate sort d’une terrible rupture sentimentale. Il reprend ses esprits sur un banc de l’Avenue Montaigne et c’est là qu’il va faire une rencontre dont il se souviendra toute sa vie. Une histoire que l’on peut lire comme une jolie parabole : Avenue Montaigne, tout est possible.

 

Blaise Cendrars Karen Blixen  

Blaise Cendrars

1887-1961

Karen Blixen

1885-1962

 

 

Commentez le premier !