L’aventure du studio des Champs-Elysées

Réunion de génies…

Le Théâtre des Champs-Élysées a marqué l’histoire avec des premières et des concerts mémorables. Il compte un autre fait d’armes exceptionnel à son palmarès, peu connu du grand public.

 

En 1955, il fut le premier bâtiment du XXe siècle à être inscrit à l’Inventaire des Monuments historiques. Son architecture est évidemment marquante, avec sa structure pionnière en béton armé, oeuvre d’Auguste Perret, qui allait être un des maîtres du XXe siècle (et le reconstructeur du Havre après la guerre), ses bas-reliefs d’Antoine Bourdelle et ses décorations intérieures – fresques et mosaïques des peintres Maurice Denis et Edouard Vuillard, ses luminaires de René Lalique. Quand on parle du Théâtre, on oublie souvent qu’il est constitué de trois salles. La première, la plus grande, est consacrée à l’opéra et aux concerts. La seconde est la Comédie. La troisième est le Studio.

Modigliani Tzara ou Picabia

Cette dernière salle a vu le jour une décennie après les autres. Lors de l’inauguration du Théâtre, en 1913, elle avait une autre fonction : elle servait de galerie d’art. Lors de la première du Sacre du printemps, le 29 mai 1913, il y avait bien un accrochage
(des aquarelles de Valentine Hugo inspirées par les danseurs des Ballets russes). Le scandale monumental suscité par l’oeuvre de Stravinsky, une des dates-clés de l’avant-garde du XXe siècle, l’a mis dans l’ombre. Après la guerre, la galerie Montaigne a continué d’accueillir des expositions importantes. On y voit notamment Modigliani. En 1921, c’est Jean Crotti qui y est à l’honneur. Peintre suisse, grand ami de Francis Picabia et de Marcel Duchamp (qu’il a connu à New York et dont il épousera la soeur Suzanne), il est passé par le cubisme et le dadaïsme. La même année, Tristan Tzara y organise un salon Dada, où l’on peut notamment voir des dessins et des poèmes de Picabia.

 

1. Valentine Hugo, 1887-1968
2. Amedeo Modigliani, 1884-1920
3. Tristan Tzara, 1896-1963
4. Francis Picabia, 1879-1953

Hébertot s’en va

Cependant, la galerie coûte cher et s’avère difficile à rentabiliser. Décision fut prise de la sacrifier, ce qui ne fut pas facile !

Le directeur du théâtre à l’époque était en effet un homme aux intérêts multiples, qui devait laisser son nom à la postérité : Jacques Hébertot. Grand homme de théâtre (il a donné son nom au théâtre Hébertot, qu’il anima jusqu’à sa mort en 1970, à 84 ans), il fut aussi un patron de presse et un animateur culturel hors pair. Parmi ses nombreuses entreprises, on compte celle, avortée, de faire du casino de Forges-les-Eaux un grand centre culturel ! Ami de peintres et de sculpteurs, Hébertot dut néanmoins
se résoudre à fermer la galerie Montaigne. Ce fut Louis Jouvet, arrivé depuis peu dans l’établissement, qui supervisa sa transformation en un petit théâtre d’avant-garde : le Studio des Champs-Élysées.

D’excellents débuts avec Maya

C’est Auguste Perret lui-même qui se charge de l’architecture. Quant à la programmation, elle est confiée à un autre représentant remarquable du monde théâtral de l’entre-deux-guerres : Gaston Baty, qui est alors l’assistant de Firmin Gémier.

En mai 1924, c’est l’inauguration du Studio avec une pièce de Simon Gantillon, Maya, avec Marguerite Jamois en tête d’affiche. Le succès de cette pièce, l’histoire d’une jeune prostituée de Marseille qui fait tourner la tête des marins, fut tel qu’elle dépassa le millier de représentations et qu’elle fit en 1949 l’objet d’une adaptation au cinéma, menée par Gantillon lui-même et Raymond Bernard, le fils de Tristan Bernard. Avec un tel succès initial, le destin du Studio des Champs-Élysées était assuré, même après le départ, en 1926, du «magicien» Hébertot.

 

 

Un demi-siècle bien rempli

Dans l’Après-guerre, le Studio, sous la direction de Maurice Jacquemont, fait encore parler de lui, notamment avec des pièces de Garcia Lorca. Et c’est ici que Beckett connaît son premier vrai succès avec Fin de partie en 1957. Antoine Bourseiller l’anime au début des années soixante et y fait venir Jean-Luc Godard. En un demi-siècle, c’est un incessant défilé de stars, de Michel Simon à Jean-Claude Brialy, de Suzanne Flon à Mathilde Seigner, ancrant le Studio dans la géographie théâtrale de Paris. Il est arrivé au Studio de flirter de nouveau avec ses anciennes amours. Ainsi, lors de la biennale de Paris de 1967, il accueillait une exposition sur le Cartel, le quatuor d’acteurs-metteurs en scène qui a marqué la scène de l’entre-deux-guerres (Jouvet, Dullin, Pitoëff, Baty). Mais personne ne parle aujourd’hui d’en refaire une galerie d’art…

 

1. Samuel Beckett, 1906-1989
2. Michel Simon, 1895-1975
3. Jean-Claude Brialy, 1933-2007
4. Suzanne Flon, 1918-2005
5. Mathilde Seigner, 1968

 

 

1 commentaire

  • Répondre février 6, 2012

    Gladys

    The blog is cool

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