Inès de la Fressange, designer

inès de la fressangeMannequin inoubliable, ambassadrice de la mode, Inès de la Fressange entretient depuis toujours des liens d’intimité avec l’avenue Montaigne.

De quand datent vos rapports avec l’avenue Montaigne ?

Etonnamment, de la plus petite enfance ! En effet, mon grand-père habitait au 12, avenue Montaigne, juste en face du Plaza-Athénée. J’allais donc, enfant, déjeuner chez lui. Tel Pagnol, retrouvant le « château de ma mère », pour y faire un studio quelques années plus tard, j’ouvrais à la même adresse la première boutique « Ines de la Fressange ».

Vous souvenez-vous de votre premier contact avec l’avenue ?

Ma mère a été quelque temps mannequin chez Guy Laroche, je suis donc allée la voir défiler, c’était dans les années 60. Quelques décennies plus tard, lorsque j’ai moi-même été mannequin, j’ai attendu la fin du défilé pour dire à M. Laroche que j’étais la fille de Lita. Il m’a répondu : « Pourquoi ne me l’as-tu pas dit plus tôt ?!!! ». L’orgueil sans doute…

Vous l’avez beaucoup fréquentée au cours de votre vie professionnelle. L’avez-vous vu changer ?

Lorsque, avec Henri Racamier, mon associé, nous avons décidé d’ouvrir 300 m2 avenue Montaigne, il y avait relativement peu de boutiques, réservées principalement aux maisons de couture (Valentino, Ungaro, Sherrer, Hanae Mori et surtout Dior). Très vite, des marques comme Joseph, Prada, Christian Lacroix sont venues après nous. Aujourd’hui, il semble que pour les étrangers (autant investisseurs que touristes), cela soit, avec la rue du Faubourg Saint-Honoré, l’artère incontournable du luxe.

Y avez-vous habité ?

Pratiquement ! Au-dessus de ma boutique, j’avais un petit appartement très raffiné et j’y ai passé un temps fou, surtout pour des interviews.

En dehors des maisons de mode, y avez-vous fréquenté d’autres lieux ?

Le bar des théâtres ! Le bistrot le plus chic de Paris avec une clientèle allant de l’ouvrier au prince. Un des serveurs s’appelait Marcel. Lorsque j’arrivais, il me saluait d’un « Bonjour Ines » et mon mari d’un « Bonjour Excellence ! » J’adore la décoration et l’atmosphère intercontinentale et surannée du Relais Plaza (je me souviens du café turc servi par une personne aux culottes bouffantes et fez sur la tête) mais c’est au restaurant du Plaza-Athénée que j’ai rencontré à sa demande, pour la première fois, Roger Vivier (j’avais choisi l’adresse). Je ne me doutais pas que quelques années plus tard, je serai chargée par Diego Della Valle de relancer sa marque après sa disparition.

Hier et aujourd’hui, qu’appréciez-vous particulièrement avenue Montaigne ?

Ce petit air des années 50 qui me fait penser aux photos de Richard Avedon, les arbres fleuris, le cliché d’un Paris élégant et sophistiqué que j’ai connu dans mon enfance mais surtout la proximité du bureau de mon amoureux… à côté de la boutique Céline (deux bonheurs réunis !)

Avez-vous quelques anecdotes à nous conter à son sujet ?

Je me souviens d’avoir vu Garbo marcher avec un grand manteau et des lunettes noires et d’avoir rencontré la voisine de palier de mon grand-père. C’était Marlène Dietrich… Elle m’avait fait rentrer dans son appartement après m’avoir montré ses jambes en soulevant ses pantalons (à la demande de mon grand-père !), afin de me montrer des photos d’elle… déjà âgée mais avec Charles de Gaulle. Il semble que c’était ce dont elle était le plus fière. Et aussi de mon amusement lorsque, enfant, je découvrais les sorties par la rue arrière (rue Jean Goujon). Et surtout de l’avoir empruntée en voiture un matin ensoleillé, le 27 février 1994 : j’allais à la clinique pour la naissance de ma fille Nine. Finalement, je réalise que c’est une avenue importante dans ma vie !

A lire : La Parisienne, Ines de la Fressange et Sophie Gachet, Photographies de Nine d’Urso par Benoît Peverelli, Flammarion, 2010, 240 p., 25 €.

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