Gonzague Saint-Bris, journaliste et écrivain

gonzague saint brisA quand remontent vos liens avec le quartier ?

J’ai habité rue François-Ier de 1975 à 1982 : un septennat ! A l’époque, j’étais animateur à Europe 1, dont les studios se trouvent toujours dans la rue. J’avais deux émissions : la première s’appelait Ligne ouverte, elle passait en direct tous les soirs de minuit à 1 heure du matin. C’était une émission de libre parole, qui a duré cinq ans (jusqu’en 1980). C’était la première fois qu’on faisait une émission où on parlait de tous les sujets. Tout le monde pouvait appeler pour parler. Cela allait du cambrioleur appelant de l’appartement qu’il était en train de cambrioler à l’ouvrier français passant ses vacances en Amazonie pour y soigner les lépreux. La seconde, Longue Distance, m’a permis de rencontrer de très nombreux personnages, comme Salvador Dali, qui m’a dit un jour : « la révolution russe, c’est la révolution française qui est en retard à cause du froid. » Je passais donc une bonne partie de mon temps dans le quartier puisque j’y vivais et j’y travaillais à la fois !

Où habitiez-vous précisément ?

J’étais jeune marié et j’habitais avec ma femme dans le bas de la rue, au numéro 7, près de la Seine. L’appartement était au rez-de-chaussée et je faisais du vélo à l’intérieur. Je travaillais beaucoup, j’écrivais beaucoup mais il me restait du temps pour recevoir du monde. La porte éait toujours ouverte. J’aimais mêler les gens – Edgar Faure, Inès de la Fressange, Christophe Lambert, le cinéaste Samuel Fuller… Je me souviens que lorsque j’organisais des dîners, je servais d’abord le champagne en contrebas, place du Canada : nous prenions l’apéritif dans un square public ! J’adore ce quartier, ne serait-ce que par tous ces noms qui renvoient à la Renaissance : François-Ier, bien sûr, mais aussi Bayard, Jean Goujon, Marignan… Ce quartier, qui était un peu campagnard, a été bâti de toutes pièces au XIXe siècle en donnant des noms Renaissance aux rues : faite à l’époque du romantisme, c’était une promotion immobilière intelligente !

Vous étiez sensible à la dimension historique et littéraire du quartier.

Bien sûr. Habiter là était pour moi, en quelque sorte, un signe du destin. Vous savez que c’est au Clos-Lucé, à Amboise, en Touraine, que François-Ier a été élevé, de cinq à quinze ans, et qu’il a accueilli Léonard de Vinci. Le Clos-Lucé appartenait à ma famille : c’est aussi là que j’ai été élevé, comme François 1er – nous avions nos arcs, nos flèches, nos bagarres. Habitant à Paris, voilà que je retrouve François-Ier ! Montaigne, qui donne son nom à l’avenue, m’a toujours plu, c’était un personnage extraordinaire. Son père aussi, qui le réveillait au son du luth. Et je n’oublie pas que c’est à proximité, cours-la-Reine, qu’Alain-Fournier a rencontré la femme qui lui a inspiré le Grand Meaulnes – il a eu un éblouissement en voyant une jeune fille ! Et puis c’est aussi tout près que j’ai lancé le mouvement du Nouveau Romantisme et que j’ai fondé, en 1974, sous la colonne d’Adam Mickiewicz, l’Académie du romantisme, dont faisaient partie Brice Lalonde, Patrick Poivre d’Arvor et Frédéric Mitterrand.

Quels étaient vos points de rendez-vous ?

Nous nous retrouvions Chez Francis, place de l’Alma, qui était alors décoré en vert et non en rouge comme aujourd’hui. Nous allions aussi dîner au restaurant du théâtre du Rond-Point et, bien sûr, au bar des théâtres. En réalité, mes liens avec le 8e arrondissement et avec les environs de l’avenue Montaigne sont d’ailleurs encore plus lointains. Enfant, j’allais voir le guignol des Champs-Elysées. Après avoir vécu en Angleterre, où mon père était diplomate, nous nous sommes installés au 12 bis, rue de l’Elysée. Tous les matins, de ma fenêtre et je voyais le président de la République, René Coty, se promener dans le parc et le jardinier lui tendre une rose qu’il venait de couper. J’ai aussi vu la reine d’Angleterre entrer au palais de l’Elysée par la grille du Coq. Quand elle nous a vus, moi et mes frères, trois petits garçons en robe de chambre rouge sur le balcon, elle nous a fait un signe. A l’époque, nous croyions qu’elle nous avait reconnus car nous avions habité à Londres ! J’aime toujours ce quartier, en particulier la rue François-Ier, qui en certains endroits, a une atmosphère pragoise. Et même si je n’y habite plus, je m’y sens encore chez moi, surtout quand je traverse le pont Alexandre-III : c’est mon ancêtre Schneider, le fondateur du Creusot, qui l’a construit !

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