Emilio Pucci, princes des imprimés

1947 – L’homme aux mille talents

Héritier d’une grande famille florentine (bien que né à Naples, en 1914), Emilio Pucci cultive de nombreuses passions. D’abord tenté par des études d’agronomie, il obtiendra finalement un doctorat en sciences politiques, à l’université de Florence, après un master au Reed College de Portland, aux États-Unis. Membre de sociétés littéraires, c’est aussi un sportif accompli : excellent tennisman et escrimeur, il brille surtout en ski alpin, étant même qualifié dans l’équipe italienne pour les Jeux olympiques de 1932 à Lake Placid. C’est d’ailleurs le ski qui fournira l’amorce de sa célébrité : la tenue qu’il a dessinée pour une amie est remarquée en 1947, sur les pistes de Zermatt, par Toni Frissell, une photographe de Harper’s Bazaar. Ces fuseaux et ce parka à capuche font sensation aux États-Unis : ils lancent sa carrière en suscitant l’intérêt des grands magasins new-yorkais.

 

 

1955 – Le magicien des imprimés

Emilio Pucci est nourri des couleurs de la Méditerranée – le bleu de la mer, le jaune du soleil, toutes les teintes de l’architecture et des fleurs, du vert menthe au vert amande, du rose bougainvillée au rose géranium… Il crée des motifs abstraits pleins de mouvement, au chromatisme inédit, qui lui valent le titre de «prince des imprimés». Certains s’inspirent des mosaïques de Monreale et des roues des charrettes traditionnelles de Sicile, d’autres des toits de Florence, ou encore des bannières du célèbre Palio de Sienne. Emilio Pucci ne se limite pas à ces motifs virtuoses. Il mène aussi des recherches avancées sur les matières, mettant au point le jersey de soie et différents tissus stretch, qui permettent de créer des vêtements souples, près du corps, jouant un rôle pionnier dans la libération de la mode féminine.

 

 

 

Le couturier de la jet set

Avec ses tenues fluides et lumineuses, avec son graphisme unique, inspiré de formes organiques, Emilio Pucci séduit les stars. En ouvrant en 1950 sa boutique à Capri, où il dicte la mode – des chemises de soie ou des tops légers, des pantalons moulants – il élargit sa clientèle et ses admirateurs à Jacky Kennedy, Elizabeth Taylor ou Salvador Dali. Si Marilyn Monroe dormait en Chanel 5, c’est dans une soie d’Emilio Pucci qu’elle est partie pour son dernier sommeil : tout un symbole… Le lien avec le monde des «beautiful» n’a d’ailleurs jamais cessé. Parmi les habituées de Pucci aujourd’hui, on compte aussi bien Sienna Miller que Jennifer Lopez, Nicole Kidman (qui fit sensation au festival de Cannes en 2003 dans une robe rouge) que Kylie Minogue, Madonna ou Eva Longoria.

 

 

 

 

1971 – L’appel de l’espace

Fidèle à son goût pour l’innovation, Emilio Pucci pourra s’enorgueillir d’être le premier couturier à avoir envoyé ses créations dans l’espace. En 1971, il dessine en effet le logo de la mission Apollo 15. Ses rapports avec le monde de l’air ne se limitent pas à cet exploit : en 1965, il est appelé par Braniff International, une des principales compagnies aériennes américaines, fondée en 1929. Il contribue à la métamorphose de son image, qui reste aujourd’hui tenue comme un modèle de rajeunissement audacieux. Le couturier dessine des tenues colorées et des accessoires surprenants comme ce «casque spatial» en plastique, qui permettait aux hôtesses de l’air de ne pas se mouiller les cheveux, les passerelles couvertes étant alors rares dans les aéroports.

 

 

 

1986 – Parfum et leggings

Les créations psychédéliques d’Emilio Pucci sont tout à fait en phase avec les «Seventies et Eighties». À cette époque, le marquis puise aussi son inspiration dans les cultures exotiques – Inde, Océanie – renouvelant sans cesse ses compositions. Les défilés au Palazzo Pucci sont toujours de grands moments – débauche de couleurs dans les espaces somptueux de la Sala Bianca. Emilio Pucci applique aussi sa créativité dans d’autres domaines – conception de tapis, qui seront exposés au musée des Arts décoratifs de Buenos Aires ou création du parfum Vivara, indémodable depuis 1966 avec ses notes florales de Méditerranée. Toujours dans l’air du temps, Pucci sera aussi l’un des pionniers du legging, dont il contribuera à faire un vêtement tendance. Cette tendance se poursuivra au cours des décennies et en 2001-2002, les grands-voiles des yachts Wally, les canapés Cappellini, les maquillages Guerlain arboreront les dessins Pucci, témoignant de la diffusion universelle de son esthétique.

 

Now… Un nouvel envol

Au décès du marquis Emilio Pucci en 1992, sa fille Laudomia, qui avait travaillé avec son père depuis 1985, prend les rênes de la société. En s’associant en 2000 avec LVMH, qui prend la majorité des parts, c’est un nouveau départ pour la Maison. Aujourd’hui, le Norvégien Peter Dundas assure la direction artistique, produisant une gamme à la fois fidèle aux fondamentaux d’Emilio Pucci, à sa symphonie colorée et visuelle, mais aussi attentive à l’air du temps et privilégiant un «fashion power» Pucci avec une série d’accessoires, de l’écharpe aux lunettes de soleil et aux sacs à main. Si la Maison compte désormais plus de cinquante boutiques à travers le monde, son siège est resté bien ancré dans l’historique Palazzo Pucci, à Florence…

 

 

Voir le défilé Emilio Pucci printemps-été 2012 par Peter Dundas

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