Dior, une légende en photos

Le succès planétaire de Christian Dior n’aurait pu se concevoir sans le soutien du medium par excellence du XXe siècle, la photographie. Une exposition détaille ce mariage passionnel…

Dior et la photo : le coup de foudre
Les liens de Christian Dior, ancien galeriste conscient du pouvoir des images, sont précoces. Dès sa première collection, le 12 février 1947, une photographe (Pat English) est dans la salle et croque le défilé. Ses images, publiées dans Life puis répercutées dans d’autres magazines, feront le tour du monde et contribueront au succès phénoménal du New Look. Par une coïncidence heureuse, l’après-guerre est l’époque où la photographie de mode s’affranchit de ses liens trop étroits avec le portrait mondain et cesse de se mesurer avec la peinture. Elle s’affirme comme un genre à part entière, avec ses codes et ses interprètes. Ceux-ci, de Norman Parkinson à Cecil Beaton, de Guy Bourdin à Patrick Demarchelier, deviennent de véritables stars. En deux cents images, que complètent une soixantaine de robes venues des plus grandes collections, la démonstration est faite du lien indissoluble noué entre Dior et la photographie. Qui ne s’est jamais distendu depuis près de 70 ans…

Une nouvelle façon de photographier
« Le métier de photographe consiste à mettre en scène une apothéose ». Le mot est de Cecil Beaton et est mis en pratique, dans les années suivant la fin de la guerre, par une jeune école anglo-saxonne sans complexes. L’irruption d’Irving Penn, de Clifford Coffin ou d’Henry Clarke montre la puissance des acheteurs et des magazines américains. Mais elle illustre aussi le renouvellement complet du genre. L’académisme a vécu ! Richard Avedon n’hésite pas à faire poser la belle Dovima au milieu d’une horde d’éléphants tandis que Clifford Coffin produit d’audacieuses contre-plongées dans le grand escalier de l’Opéra de Paris et qu’Henry Clarke photographie ses modèles au restaurant, dans des cadrages originaux.

Rapports de fidélité…
Comme au cinéma, des créateurs réfugiés d’Europe donnent un supplément d’âme à la photographie de mode : Horst P. Horst, Louise Dahl-Wolfe ou Erwin Blumenfeld expérimentent des effets de couleur, de flouté, d’ambiance (dans la rue, au bord des quais). Certains photographes, comme Norman Parkinson, entretiennent un étonnant rapport de fidélité avec Dior : en 1950, il saisit la somptueuse robe du soir Mozart dans un décor de lustres, de bergères et de boiseries. Six ans plus tard, il installe la ligne Aimant dans un fond tout à fait différent, une mosquée de Delhi… et se montre encore capable, en 1975, de renouveler le cadre si français du Grand Siècle (la Chambre de la Reine à Versailles) pour être en phase avec les Seventies…

En studio ou dans la rue
A cette époque, les photographes de mode sont devenus de véritables scénaristes. Avedon et Bourdin n’hésitent pas à concevoir de véritables story-boards pour que leurs images épousent parfaitement la ligne du magazine. On ne photographie pas de la même façon pour Vogue, Harper’s Bazaar ou Elle ! Dans la lignée du reportage, on voit se développer une école de photographes, comme William Klein, qui rapprochent la mode de la vie quotidienne, en la croquant dans la rue, les transports en commun, ou dans des réalités très lointaines, à Hawaï ou dans les paysages d’Afrique du Nord. De leur côté, les photographes de studio obtiennent des moyens jamais vus, en termes d’éclairage ou de décors peints. La photographie de mode vit un âge d’or…

De nouveaux talents
A vrai dire, en ce début de XXIe siècle, ce moment béni ne fait que se perpétuer ! Le cas particulier du défilé Dior du 1er juillet 2013 semble le prouver. A la demande de Raf Simons, la participation des photographes emblématiques de la maison fut encore accentuée. Dans quatre studios ad hoc, installés près de la passerelle, Patrick Demarchelier, Paolo Roversi, Willy Vanderperre et Terry Richardson, chacun incarnant avec son style très personnel un continent, « shootaient » en même temps les modèles automne-hiver, le tout étant instantanément projeté sur écran géant. Pas de souci pour l’avenir : avec Nick Knight, Ruth Hogben, Inez & Vinoodh, David Sims, la génération suivante donne déjà son interprétation renouvelée de la magie Dior…

L’exposition Dior, images de légendes. Les grands photographes et Dior, est présentée au musée Christian Dior de Granville, du 3 mai au 21 septembre 2014.
www.musee-dior-granville.com

Catalogue Rizzoli, sous la direction de Florence Müller, 2014, 152 p., 35 €.

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