Christine Orban, romancière

christine orbanA quand remonte votre rencontre avec l’avenue Montaigne ?

J’ai vécu jusqu’à 18 ans à Casablanca. Je suis venue à Paris pour étudier le droit, pour faire plaisir à mon père, même si depuis toujours je voulais devenir écrivain. Pendant mes études,
j’ai toujours travaillé. Mon premier stage a été au studio de création d’Ungaro. Je l’avais rencontré en allant au mariage d’une amie en Normandie. Il m’avait proposé de m’habiller pour un bal. Pendant une année, en alternance avec mes études, j’ai eu accès au studio, aux coulisses, j’ai vu comment s’élaborait sa mode. J’avais pour mission de regarder, de donner mon avis. Je pense que ma façon de m’habiller l’intéressait – je mélangeais par exemple des robes d’Yves Saint Laurent avec des accessoires de souk, ceintures, colliers ou bracelets. J’avais inventé l’expression « hippie chic », j’étais étudiante, je découvrais les lumières de l’avenue et les merveilleux sablés aux fraises du Bar des théâtres…

La vêtement, la mode apparaissent souvent dans vos livres.

La mode m’intéresse. Les questions de l’apparence aussi. Dans Fringues, mon héroïne se sert du vêtement comme un supplément de personnalité, le vêtement comme un pansement. Le vêtement peut aider à se montrer mais aussi à se cacher. Dans mon dernier livre N’oublie pas d’être heureuse, la première partie se passe entre l’Atlantique et la campagne. Au début de la seconde partie, l’héroïne arrive à Paris. Et la première question qu’on lui pose a trait à son habillement : « C’est une robe d’Yves ? » « De la haute ou de la basse ? ». Le vêtement comme un code d’accès. Cruel, parfois. Il y a plusieurs façons d’envisager la mode et toutes ne sont pas futiles. Si je n’avais pas été au cœur de la création chez Emanuel Ungaro, qui est quelqu’un de profond et de tourmenté, je n’aurais pas compris toute cette sensibilité, cette relation sensuelle aux couleurs, aux étoffes.

Vous souvenez-vous d’un autre moment marquant, avenue Montaigne ?

Oui, pour une occasion assez exceptionnelle. J’ai travaillé un an dans l’étude des commissaires-priseurs Picard-Ader-Tajan. Je « tenais les étiquettes » lors des ventes aux enchères. Cela consistait à calculer le prix des objets adjugés – il faut ajouter un pourcentage de frais – et tout cela se faisait sans calculette ! Je renseignais aussi les visiteurs qui venaient voir les lots exposés. A l’occasion de la vente de la correspondance de Paul Valéry, j’avais fait la connaissance de Jean Voilier. C’était la jeune femme (également connue sous le nom de Jeanne Loviton) à laquelle le poète, âgé de plus de 70 ans, avait écrit d’extraordinaires lettres d’amour. La vente s’est très bien passée et Jean Voilier, devenue une dame agée mais toujours aussi élégante, m’a invitée chez elle, avenue Montaigne. J’étais alors une jeune étudiante : déjeuner avec cette femme, qui avait provoqué une telle passion chez Paul Valéry, ce fut une grande émotion.

Revenez-vous souvent avenue Montaigne ?

J’ai eu un autre rapport professionnel avec l’avenue. J’ai fait une ou deux photos de mode, notamment pour le parfum Jean-Louis Scherrer. Je n’aime pas les métiers dont le jugement dépend du physique. La maison cherchait pour une publicité de parfum un long cou et une main fine. Comme on ne voyait pas mon visage, nous nous sommes entendus, ainsi pas de remous à la faculté, j’ai pu m’offrir ma première voiture. Aujourd’hui, quand je viens avenue Montaigne, c’est souvent pour me rendre à Drouot-Montaigne ou chez Artcurial, pour les ventes d’art moderne et contemporain. J’aime marcher. Je traverse la Seine, j’emprunte le pont Alexandre III. Je me rends aussi trois fois par an au Plaza Athénée pour les réunions de l’Académie Grévin, je suis au comité que préside Bernard Pivot. Ce sont des déjeuners très joyeux. Nous devons décider quels personnages auront l’honneur d’être sculptés en cire au musée Grévin. Ce sont toujours de longues discussions car le choix est difficile entre les personnes de la vie politique, les journalistes, les artistes, les sportifs et comme l’opération est très coûteuse, on réfléchit…

A lire : Fringues (Albin Michel, 2002, 15,90 €). N’oublie pas d’être heureuse (218 p., 16 €) est paru aux éditions Albin Michel en janvier 2009.

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