Christian Dior, une histoire de stars

Les vedettes du cinéma ont beaucoup compté pour Christian Dior. Mais son attachement au motif de l’étoile est encore plus ancien…

Né sous une bonne étoile
Juste avant la guerre, Christian Dior, qui s’est déjà illustré par son activité de galeriste et ses dessins de mode, entre comme modéliste chez Robert Piguet. Après l’interruption due au conflit mondial, il retrouve une position analogue chez Lucien Lelong, l’une des plus belles maisons de couture de Paris. Dans le courant de l’année 1946, il apprend que le capitaine d’industrie Marcel Boussac cherche un modéliste pour sa propre affaire, Philippe et Gaston. Pourquoi pas lui ? Christian Dior y réfléchit, sans réussir à se convaincre que ce soit le chemin à suivre. Absorbé par ses pensées, il trébuche sur un objet abandonné sur la chaussée, au croisement des rues Saint-Honoré et Saint-Florentin. Un moyeu de voiture à cheval… en forme d’étoile. Y voyant un signe du destin, car très superstitieux, il se décide à demander l’impossible, ce qu’il désirait au fond de lui-même : fonder sa propre maison.

Une étoile est née !
En juillet 1946, Christian Dior rencontre Marcel Boussac, magnat de l’industrie textile considéré comme l’homme le plus riche de France. Le couturier de 40 ans, que l’on dit timide, réussit à convaincre le « roi du coton », à la tête de la plus célèbre écurie de chevaux de course d’Europe (les troupes du général Patton viennent de lui remettre son mythique étalon Pharis, que les Allemands avaient déporté), de financer sa maison. Et il réussit même à obtenir le lieu dont il avait toujours rêvé, un petit hôtel particulier au 30, avenue Montaigne, de proportions parfaites, élégantes, sans tape-à-l’œil, dont le bail vient de se libérer. Un capital de 6 millions de francs, trois ateliers avec des couturières chevronnées, une structure administrative efficace sont mises à disposition par Boussac. L’aventure peut commencer. Et elle commence à une vitesse folle : l’hôtel particulier est inauguré le 16 décembre 1946 ; moins de deux mois plus tard, le 12 février 1947, la collection New Look ébranle le monde de la mode…

Marlene Dietrich, fan de la première heure
L’étoile ramassée rue Saint-Honoré n’est pas oubliée : elle trône sur le bureau de Christian Dior. Plus tard, elle sera offerte par le président, Jacques Rouët, au musée Christian Dior de Granville, qui occupe la maison d’enfance du couturier. Depuis, une tradition s’est imposée : une étoile identique est reproduite- au sol, sur un mur ou sur le toit – dans chaque nouvelle boutique Dior. En attendant, d’autres étoiles suivent de très près le parcours de Christian Dior. Carmel Snow, la rédactrice en chef de Harper’s Bazaar, l’une de ses inconditionnelles, mais aussi des stars mondiales comme Marlene Dietrich. L’actrice ne vit pas encore avenue Montaigne mais elle est une habituée du Plaza-Athénée où elle retrouve son grand amour, Jean Gabin. Et elle fréquente déjà Christian Dior, avec qui le liera une amitié indéfectible. Dès les premières années de la maison, elle assiste aux défilés et compte parmi les grandes clientes.

Dans le monde du cinéma
Les rapports de Christian Dior avec le cinéma ne sont pas nouveaux. Lui qui a tenu une galerie avec Pierre Colle et qui a fréquenté la bohème artistique des années trente – le compositeur Henri Sauguet, le peintre Christian Bérard, le poète Jean Cocteau – a déjà montré ses talents dans ce domaine. Dans les années difficiles de l’Occupation et de l’immédiat après-guerre, il a dessiné des costumes pour des productions de Roland Tual (Le lit à colonnes), Claude Autant-Lara (Lettres d’amour) ou René Clair (Le silence est d’or), souvent illuminées par la présence d’Odette Joyeux. Avec l’ouverture de sa maison, son temps devient précieux mais les collaborations cinématographiques ne cessent pas pour autant : la preuve avec Les enfants terribles de Jean-Pierre Melville ou Le grand alibi d’Alfred Hitchcock, tous deux de 1950. Pour ce dernier film, Marlene Dietrich, fidèle à son caractère, avait été inflexible, exigeant la participation du couturier. « No Dior, no Dietrich ! » avait-elle lancé à la production.

De Kim Novak à Maria Félix
Avec la mort de Christian Dior aux thermes de Montecatini, en Toscane, le 24 octobre 1957, l’avenir de la maison semble un moment compromis, Marcel Boussac ne concevant pas la continuité d’un nom sans celui qui le porte. On connaît la suite… L’admiration des stars de Hollywood ou de la Nouvelle Vague ne se dément pas. On voit passer avenue Montaigne Kim Novak, Sophia Loren, Brigitte Bardot. Pendant les trois années de direction artistique d’Yves Saint Laurent, la collaboration donne ses fruits sur des longs-métrages comme Indiscreet de Stanley Donen avec Ingmar Bergman ou La fièvre monte à El Pao avec la sublime Maria Félix. Grace à Marc Bohan, entre 1961 et 1989, la liste s’enrichit encore avec des classiques comme Arabesque de Stanley Donen (avec Sophia Loren), L’homme qui aimait les femmes de François Truffaut ou Trois places pour le 26 de Jacques Demy.

Grace Kelly, égérie de Baby Dior
Marc Bohan avait un rapport privilégié avec la famille de Monaco. Outre son amitié avec la princesse Grace, sa fille Stéphanie a elle-même fait un stage à la maison de l’avenue Montaigne .On ne compte pas les révolutions initiées par la maison Dior, des innovations apportées à la vitrine à la création d’une ligne homme (en 1970). Parmi celles-ci, il en est une qui plut particulièrement à la princesse de Monaco : la création de Baby Dior, une ligne spécifique pour enfant, ce qu’aucune autre maison de couture n’avait encore osé. Elle tint à en inaugurer la première boutique en 1967, en compagnie de Marc Bohan, au 28 de l’avenue Montaigne, où elle se trouve toujours, près d’un demi-siècle plus tard ! Comme pour les « grands », Baby Dior crée deux collections par an et de nombreuses vedettes du grand écran y habillent leur progéniture. Bon sang ne saurait mentir…

La relève, de Penélope Cruz à Charlize Theron
Loin de s’affaiblir, les rapports avec le monde du cinéma n’ont cessé de se renforcer. Après Jane Russell, Rita Hayworth, Ava Gardner et Marilyn Monroe (qui était en Dior pour la célèbre série de photographies de Bert Stern, La dernière séance), d’autres grands noms (Isabelle Adjani, Penélope Cruz, Marion Cotillard) ont montré leur attachement à la maison, qui a marqué de sa griffe de nouveaux films cultes, dont Etreintes brisées de Pedro Almodovar ou Midnight in Paris de Woody Allen. Les films publicitaires de Dior sont eux-mêmes des pépites, commandés à des réalisateurs renommés : Claude Chabrol pour Poison, Ridley Scott pour Fahrenheit, Wong Kar-Wi pour Midnight Poison. Quant à J’adore, tourné par Jean-Jacques Annaud dans la galerie des Glaces du château de Versailles, avec Charlize Theron dans le rôle-titre, ne mériterait-il pas un Oscar dans sa catégorie ?

A lire : Stars en Dior, de l’écran à la ville, de Jérôme Hanover, préfacé par Florence Müller et Serge Toubiana, Rizzoli, 2012, 232 p., 99 €. Ce luxueux ouvrage accompagnait l’exposition organisée au musée Christian Dior de Granville du 12 mai au 23 septembre 2012.

Merci à Philippe Le Moult, Directeur des Relations Institutionnelles de Christian Dior Couture pour ses conseils et pour les informations communiquées.

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