Christian Dior, l’homme du New Look

Une enfance dans la Manche

Le 21 janvier 1905, Christian Dior naît à Granville, dans la Manche, dans une famille aisée. Son père est d’une lignée d’industriels, qui ont notamment inventé la lessive Saint-Marc. Après son baccalauréat, Christian Dior s’inscrit à l’École libre des Sciences politiques, en vue d’une carrière diplomatique. Il côtoie un milieu d’artistes et de créateurs cosmopolites et profite pleinement des tentations de l’après-guerre. C’est à cette époque qu’il noue des amitiés qui l’accompagneront durablement : Christian Bérard, talentueux décorateur de théâtre et dessinateur, Jean Cocteau, les musiciens Henri Sauguet et Francis Poulenc. Tout à ses activités artistiques, il monte même une galerie d’art, qui se spécialise en peinture contemporaine, de Max Jacob à Giorgio de Chirico. Elle est installée rue La Boétie mais ne survivra pas à la crise économique qui suit le krach de 1929. Christian Dior doit liquider son stock. Il a dépassé les 25 ans et se trouve sans activité. Son père est ruiné. Que faire ?

 

Années noires

Ce sont des années dures qui se présentent. Le moral est en berne, le chômage afflige le pays. Christian Dior n’est pas épargné. Il survit chichement, souvent logé chez des amis, puis doit partir au service militaire. Comble de malchance, il est aussi victime de la tuberculose, à une époque où l’on en mourait encore communément. Pour lui, ce sera presque une chance. Encore fallait-il savoir la saisir… C’est en effet pendant son séjour au sanatorium que Christian Dior se met à dessiner de façon systématique. Des motifs géométriques, des compositions variées mais aussi des accessoires de mode comme des chapeaux, puis des vêtements de femme. Il est remarqué par des créateurs de mode, entre chez de talentueux couturiers de l’époque comme Robert Piguet puis Lucien Lelong, chez qui il lie amitié avec Pierre Balmain.

 

Une rencontre décisive

La guerre met évidemment l’industrie de la mode au ralenti. Christian Dior est mobilisé puis s’installe dans le sud de la France avec son père et sa soeur.

À la Libération, il a 40 ans. Ce nouvel après-guerre est lourd de menaces mais aussi riche de potentialités. Encore une fois, Christian Dior saura parfaitement jouer sa carte. Marcel Boussac, puissant industriel du textile, inventeur de la toile d’avion, futur baron de la presse et propriétaire d’une écurie de chevaux de course, veut relancer une ancienne maison de couture. Christian Dior, qui le rencontre en juillet 1946, réussit à le convaincre de faire beaucoup mieux : en lancer une nouvelle, qui donnera un coup de sang neuf et fera oublier les tristes accoutrements des années du conflit. Le capitaine d’industrie est séduit et ne lésine pas sur les moyens : il investit 60 millions de francs et la maison de couture Christian Dior est créée le 8 octobre 1946.

 

Enfin, l’Avenue Montaigne…

Dès le 16 décembre de la même année, la maison de couture s’installe dans ce qui est encore aujourd’hui son siège : le 30 avenue Montaigne. Des découvertes très récentes,

après des recherches au cadastre et à la chambre syndicale des notaires, ont montré que ce charmant hôtel particulier avait été construit entre 1865 et 1868 par le comte Walewski (1810-1868), fils naturel de Napoléon Ier et de la belle comtesse polonaise Marie Walewska. Son cousin Napoléon III lui confiera plusieurs postes diplomatiques. Il sera notamment ambassadeur en Italie, en Espagne, en Angleterre puis ministre des Affaires étrangères avant d’achever sa carrière président du Conseil législatif. La décoration de la maison de couture, en style Louis XVI, tout de gris et de blanc, est l’oeuvre de Victor Grandpierre. Parmi les 90 employés répartis en trois ateliers, on remarque un certain Pierre Cardin : il est premier de l’atelier tailleur.

 

Le coup de tonnerre du New Look

La véritable révolution est pour l’année suivante. Le 12 février 1947, la première collection Christian Dior printemps-été est présentée dans les locaux du 30 avenue

Montaigne. Les lignes «Corolle» et «En Huit» ont une résonance internationale immédiate. La rédactrice en chef de Harper’s Bazaar, Carmel Snow, a ces mots, devenus célèbres : «It’s such a New Look !». Elle se permet une comparaison osée : tout comme les taxis de la Marne avaient sauvé la France, Christian Dior a révolutionné la couture ! C’est un véritable coup de tonnerre après les restrictions et les habits sévères de la guerre. L’année se poursuit tambour battant : en juillet, c’est le premier défilé de modèles à l’étranger (à Sydney, en Australie). En septembre, Christian Dior reçoit l’Oscar de la couture à Dallas. Enfin, le 1er décembre, c’est le lancement international du premier parfum de la maison, Miss Dior.

 

Un succès planétaire

Le succès ne se démentira plus. Christian Dior habille les plus grandes stars (Marlène Dietrich dans «Le Grand Alibi» d’Alfred Hitchcock en 1950, Ava Gardner dans «The Little Hut» de Mark Robson en 1956) et les têtes couronnées (la princesse Soraya lors de son mariage avec le Shah d’Iran le 12 février 1951). Au célèbre bal de Charles de Beistegui au palais Labia à Venise en septembre 1951, Christian Dior crée un tableau vivant avec Salvador Dali. À cette date, 5 ans après sa création, la maison emploie 900 personnes, dix fois plus qu’à l’origine. En 1954, elle réalise la moitié du chiffre d’affaires

à l’exportation de la haute couture française. De nouvelles boutiques sont ouvertes, dont une à l’angle de l’avenue Montaigne et de la rue François Ier, en 1955. En mars 1957, au sommet de sa gloire, Christian Dior fait la une du magazine Time.

 

Il s’éteint quelques mois plus tard, le 24 octobre, à Montecatini, en Italie, d’une crise cardiaque. Le flambeau de la création est repris par Yves Saint Laurent, Marc Bohan, Gianfranco Ferrè et John Galliano, qui perpétue aujourd’hui le mythe : la maison vient de fêter son 60e anniversaire.

 

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