Chanel à Venise: le nouveau chapitre consacré à l’une des destinations chères à Gabrielle Chanel

En 1920, Gabrielle Chanel peine à se remettre de la disparition de Boy Capel, survenuel’année précédente. Pour la distraire de son chagrin, ses plus proches amis Misia et José-Maria Sert décident de l’emmener à Venise. La découverte de la Sérénissime, écrin artistique si cosmopolite, est une véritable renaissance pour la créatrice. Et devient l’une de ses sources d’inspiration majeures.

 

 

José-Maria Sert livre à Gabrielle Chanel les clés et les mystères de la cité, l’initie à ses chefsd’œuvres et ses trésors de l’histoire de l’art. Les styles baroque et byzantin, l’architecturedes palais et des églises, les couleurs utilisées par les peintres, la grâce des verres de Murano sont autant de splendeurs qui marquent profondément la créatrice. Au peintre Tintoret, elle emprunte les pigments pour son premier rouge à lèvres et, plus tard, pour la fameuse doublure de ses sacs. De la basilique Saint-Marc, elle conserve les images des mosaïques, les cabochons enchâssés des croix et médailles byzantines qu’elle réinterprète au travers des bijoux qu’elle crée et surtout qu’elle porte en toute occasion. L’or des tapisseries et desicônes religieuses est martelé sur ses accessoires, traduit en cuir sur ses souliers. Les miroirs, le cristal, le lion de Saint-Marc, les bois polychromes, ajourés ou dorés se transforment endécor qu’elle installe dans son appartement rue Cambon, prolongeant ainsi le souvenir deses voyages et, surtout, de cette ville devenue l’un de ses endroits de prédilection. Pour ses collections comme pour ses appartements ou simplement pour elle-même, elle fait appel notamment à l’orfèvre Goossens pour qu’il lui conçoive des lignes de bijoux aux accents baroques et byzantins, qu’il lui façonne des boules de cristal qu’elle fait disposer sur des supports de métal doré, dans l’esprit de cette exubérance toute vénitienne, à la foisprécieuse et profonde, riche de sens et d’histoire.

 

 

La lumière et le calme de la Sérénissime apaisent enfin Gabrielle. Les mondanités lui rendent le sourire et sa joie de vivre : Misia l’entraîne dans le monde aristocratique etartistique de Venise. Ensemble, dans la journée, elles se retrouvent sur la plage du Lido. Amoureuse du soleil, Gabrielle y bronze en pyjama de plage et invente une sandale àsemelle de liège et simples lanières qu’elle a commandée à un bottier vénitien. Sonélégance désinvolte séduit immédiatement la haute société vénitienne et la jet-set en villégiature.

 

 

Le soir, elles assistent à des spectacles et des fêtes somptueuses, croisent l’écrivain PaulMorand. L’écrivain les relatera d’ailleurs dans son ouvrage L’Allure de Chanel. Gabrielle rencontre également le danseur Diaghilev: entre eux, le coup de foudre amical estinstantané. En secret, elle l’aidera bientôt à financer son ballet le Sacre du Printemps. C’est encore elle qui, lorsqu’il décédera en 1929, rentrera précipitamment d’une croisière sur le yacht du duc de Windsor et s’arrangera pour que ses funérailles aient lieu sur l’île San Michele que le danseur aimait tant, accompagnant même sa dépouille en gondole jusqu’à sadernière demeure. Venise demeurera l’un de ses ports d’attache, celui où elle reviendra pour de courts séjours mais toujours avec la même ferveur et la même passion pour cette ville quil’inspira tant dans sa mode et sa vie.

Et puis bien sûr, il y a le lion. Symbole de Venise, représentation de l’évangéliste Saint-Marc protecteur de la ville, l’animal ailé résonne comme un signe pour Gabrielle Chanel, elle- même née sous le zodiaque astral du lion. Le signe qu’elle retrouve sa force après la perte deson grand amour Boy. Le signe d’un aboutissement après des années passées à poser lesjalons de sa Maison à Paris, Deauville et Biarritz. Et celui, aussi, de l’accomplissement d’unefemme qui aimait à raconter : « J’ai choisi ce que je voulais être et je le suis ».

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