Bruno Moinard, architecte designer

bruno moinardArchitecte et designer actif sur tous les continents, Bruno Moinard est tombé amoureux de l’Avenue Montaigne. C’est là que,  depuis une décennie, il coordonne ses innombrables chantiers.

Comment vous êtes-vous installé Avenue Montaigne ?

J’avais alors des bureaux rue Pierre-Charron. Un jour, en 2004, en marchant sur l’Avenue Montaigne, je vois un numéro de téléphone, j’appelle, je visite les lieux. C’était le bureau d’un styliste japonais, d’où l’on voyait la tour Eiffel. Contre toute attente, j’ai été choisi, le seul Français sur quinze résidents ! Mes amis m’avaient prévenu : « En t’installant là, tu te couperas de tes clients ». J’ai commencé à faire les maisons et les appartements de clients du Plaza Athénée et, contrairement aux avertissements des Cassandre, mon activité n’a jamais fléchi ! Sur une carte de visite, « Avenue Montaigne », ça parle à tout le monde !

Peut-être avez-vous commencé par connaître les Champs-Elysées ?

Effectivement. En tant que provincial, originaire de Normandie, quand je venais à Paris, la promenade sur les Champs-Élysées, était fascinante. Et après avoir travaillé quinze ans avec Andrée Putman (avec qui j’ai notamment œuvré à l’hôtel Morgans de New York, pour Cartier, pour Chaumet), lorsque je me suis mis à mon compte, l’une de mes plus importantes missions a été de redessiner l’ensemble des boutiques Cartier dans le monde, 340 à ce jour dont une cinquantaine en Chine. Celle des Champs-Elysées a été pionnière. L’idée a été de gommer l’aspect « bunker » d’une boutique de joaillerie, de l’ouvrir sur la rue avec de grandes baies vitrées, d’avoir des coffres forts en boiseries, des vitrines en lévitation. Ca a marché !

A l’époque, aviez-vous déjà commencé à travailler sur quelques chantiers Avenue Montaigne ?

Oui, j’avais refait le penthouse de Didier Grumbach, alors président de la chambre syndicale de la haute couture, puis les bureaux Chequers au-dessus de Loewe. J’avais également réalisé des scénographies pour Artcurial. Et, au début de ma carrière, lorsque j’ai participé à la conception de la boutique de Karl Lagerfeld, c’était avec un architecte installé Avenue Montaigne. Mes liens avec le quartier sont donc anciens !

Votre actualité la plus récente, c’est la rénovation du Plaza Athénée.

J’ai en effet remporté le concours pour les parties publiques de l’hôtel. Cela a été un de mes chantiers les plus difficiles ! Il fallait en effet contenter des gens très exigeants, les utilisateurs de l’hôtel, qui me disaient : « Surtout, ne changez rien ! » On ne le voyait pas forcément mais le décor avait vieilli. Cependant, on ne peut pas chambouler une icône, c’est un stress permanent. Nous avons donc fait de la chirurgie, en donnant par exemple plus de lumière à la galerie des Gobelins – j’ai dû faire une trentaine de projets différents pour ce seul espace ! Nous avons descendu les lustres, créé deux nouvelles alcôves, repris les décors de bois et papier collé en staff, modifié une partie du mobilier. Au Relais, nous avons agrandi le bar, refait un plafond ; au restaurant, changé la perspective, donné du scintillement au sol ; éclairci le jardin, etc. A la fin des travaux, les gens nous ont dit : « C’est parfait, vous n’avez rien changé » alors que nous avions tout changé !

Un de vos meilleurs clients a son siège rue François-Ier.

J’ai effectivement beaucoup travaillé pour François Pinault en réalisant les nouveaux chais du domaine Château Latour à Pauillac, où il a fallu fondre tradition et modernité, et le siège de la maison de ventes aux enchères Christie’s à New York en 2004.

Vous dessinez et peignez beaucoup. Un bureau est pour vous un meuble fondamental et vous dédiez à votre activité de designer un nouvel espace.

L’une des créations dont je suis le plus fier est en effet un bureau. Je l’ai dessiné pour Jack Lang en 1990. Il a ensuite été utilisé par Lionel Jospin, Jean-Pierre Raffarin, François Fillon, Jean-Marc Ayrault, quand ils ont été Premier ministre ! Dessiner est pour moi une nécessité – à l’encre, à l’aquarelle, tout le temps et partout, au bureau, dans ma maison de Varengeville ou en voyage. Et je viens effectivement d’inaugurer un show-room à Saint-Germain-des-Prés, où sont présentés sofas, appliques, meubles-bars, de ma collection 2015 : l’aboutissement de plus de trente ans de recherche et de passion !

A lire : Bruno Moinard, l’architecte promeneur, texte de Serge Gleizes, préface de Raymond Depardon, Éditions de La Martinière, 2010, 45 €.
A voir : galerie Bruno Moinard Éditions, 31 rue Jacob, 75006 Paris. www.brunomoinardeditions.com

Be first to comment