Balade du côté de chez François

Esprit de François Ier, es-tu là ?

En 1823, dans le cadre des ambitieuses opérations immobilières
qui touchent le quartier, un promoteur, le colonel Brack, a une idée originale pour s’ancrer dans l’histoire de France. Il apporte de Moret-sur-Loing, qui allait devenir plus tard la ville chérie des impressionnistes, la maison dite de François Ier. Effectivement construite au XVIe siècle, elle possède une façade abondamment
décorée à la manière de la Renaissance. Face à la Seine, sur une portion du cours de la Reine – devenu plus tard Cours Albert ? Ier. Et de ce superbe hôtel particulier, il fait un cadeau somptueux à la grande comédienne du moment, Mlle Mars. Force de l’amour…

Retour au pays

La petite histoire raconte que l’actrice de la Comédie-Française n’eut jamais le temps d’habiter cette demeure si particulière. LeColonel, pressé, la revendit avant que l’on pendît la crémaillère… Mais il en resta quelque chose puisque toutes les voies des environs furent par la suite baptisées en l’honneur de contemporains du roi de France : Montaigne, bien sûr, mais aussi Bayard, son fidèle chevalier sans peur et sans reproche, ou encore Jean Goujon, le grand sculpteur, auteur de la Fontaine des Innocents. Et la Rue Marignan tire évidemment son nom de la plus célèbre bataille des manuels d’histoire. Quant à la maison de François Ier, vous aurez du mal à la trouver : au milieu du XXe siècle, elle a retrouvé son emplacement d’origine, à Moret-sur-Loing.

 

Fontaine orpheline

Au milieu de la Place François Ier trône une imposante vasque. Les clients pressés des Maisons de couture n’ont pas toujours le temps de lui accorder le regard qu’elle mérite. Elle est en effet l’oeuvre d’un célèbre acolyte du baron Haussmann à qui l’on doit

les deux théâtres de la place du Châtelet : Gabriel Davioud. Mais cette fontaine a été amputée de sa moitié…

À l’origine, en 1865, elle avait en effet été conçue pour la place de la Madeleine. Lorsqu’on décida de la déplacer, la Place François Ier n’hérita que d’une partie, l’autre allant orner le Square de Latour-Maubourg. C’est ainsi que les rues de Paris se créent des liens de parenté que le temps n’efface pas complètement…

 

 

 

 

Bazar en feu

À quelques pas de la fontaine, en empruntant la Rue Jean Goujon, on croise successivement deux églises. La première, au 15, est l’église apostolique arménienne. La seconde, quelques numéros plus loin, répond au nom de Notre-Dame-de-la-Consolation. Pourquoi ? C’est qu’elle rappelle un épisode tragique, qui fit la une de toute la presse nationale en mai 1897 : l’incendie du Bazar de la Charité. Des petites échoppes avaient été montées pour accueillir une vente de charité. La projection d’un film (un passe-temps tout neuf !) dans une petite salle donna lieu à un court-circuit. En quelques minutes, tout le bazar fut la proie des flammes. L’histoire dit que les messieurs, peu galants, donnèrent des coups de canne pour pouvoir sortir plus vite… Une fois les flammes éteintes, le bilan fut lourd : 124 morts, dont la duchesse d’Alençon, soeur de l’impératrice Sissi.

 

Un souvenir napoléonien

À l’image de l’Avenue Montaigne, la Rue François 1er a aussi son histoire. Au 44, rue François Ier, l’histoire napoléonienne a connu un autre épisode. Dans ce qui sert aujourd’hui de siège aux Maisons Francesco Smalto et Pierre Balmain a en effet vécu au milieu du XIXe siècle le Comte de Walewski (1810-1868). De nos jours, son nom n’éveille pas forcément de souvenirs : il fut le fils naturel de Napoléon Ier et d’une belle dame polonaise. Malgré ce

 

 

lourd pedigree, Walewski a néanmoins réussi à se forger un destin propre : Napoléon III l’envoya comme ambassadeur à Florence, Naples, Madrid puis Londres. Il fut même ministre des Affaires étrangères, puis des Beaux-Arts et, finalement, en 1865, président du Corps législatif.

 

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