Avenue Montaigne, qui es-tu ? (2/2)

 Se mettre au vert

L’Avenue Montaigne aime la verdure. Alors que tant de voies de la capitale sont dépourvues d’arbres – la ville en compte moins de 100 000 – elle a conservé les siens. Le temps ayant fait son oeuvre, ce ne sont plus les ormes des débuts, que le marquis de Marigny avait fait planter sur une double rangée, mais des marronniers très parisiens qui laissent tomber leurs fruits au moment des premiers froids.

 

Se mettre au vert

 

Sur les 615 mètres de l’avenue, on en compte près de deux cents. Ce qui n’épuise pas la flore locale : en levant les yeux, on découvre aussi de la vigne vierge sur certains édifices ou des troncs biscornus dans la cour du 18..

Jardins de poche

L’Avenue Montaigne dispose aussi de jardinets raffinés devant les façades principales. Cette tradition rappelle celle des jardins anglais servant à éclairer les commerces ou ateliers en sous-sol. Quelle est son origine précise ?

Jardins de pocheC’est un décret du 11 septembre 1860 qui a défini une zone non édifiable de 3 mètres de largeur devant trois édifices, aux numéros 58, 60 et 63, et l’installation de jardinets clos. Les autres propriétaires s’empressèrent de partager cette bonne idée, donnant ainsi sa physionomie à l’Avenue Montaigne. Qui l’imaginerait aujourd’hui sans ces gracieux buissons de buis derrière de belles grilles en fer forgé aux piques dorées ?

Demeures d’exception

L’Avenue Montaigne est une intéressante galerie d’architecture. Elle conserve quelques vénérables hôtels particuliers, qui ont été témoins de grands moments d’histoire. Au numéro 9, c’est celui de la comtesse de Durfort, arrière-petite nièce de Chateaubriand. Avec son superbe portail en bois et ses imposantes hauteurs sous plafond, il a été construit en 1883 par Trilhe et Guinot.

Demeures d’exceptionAu 50, se dresse un autre hôtel particulier d’exception, celui de la comtesse de Lariboisière, doté d’un imposant fronton triangulaire. Derrière sa façade en pierre calcaire, avec un beau cartouche floral au-dessus de la porte, l’intérieur a été entièrement redessiné au milieu des années 1990. Un puits de lumière vitré donne sur un jardin agrémenté de bassins et de bancs en forme d’animaux.

Du côté de chez Dior

La liste serait incomplète si l’on ne mentionnait l’hôtel Boselli avec son balcon ouvragé, ses volutes et ses mascarons, petit joyau du XVIIIe siècle. Il est au numéro 30 de l’avenue et son nom ne dirait rien au grand public si on ne lui associait un événement important.

Du côté de chez DiorC’est là qu’a été présentée le 12 février 1947, dans des espaces décorés par Victor Grandpierre, une collection destinée à marquer
l’histoire de la mode : le New Look de Christian Dior. Le couturier s’y était installé l’année précédente et, jusqu’à nos jours, l’hôtel particulier est demeuré le quartier général de la haute couture Dior.

Style Napoléon III

En passant devant le numéro 28, levez l’oeil. C’est ici que se trouvait l’hôtel particulier qu’occupa entre 1857 et 1859 la comtesse de Castiglione. La belle courtisane, qui militait pour l’unité italienne, fut pendant quelque temps la maîtresse de Napoléon III. Un soir de 1857, l’empereur connut une mésaventure en sortant de chez son amante.

 

Style Napoléon III

 

Il fut attaqué par trois patriotes italiens : cet épisode sans dommage fut un avant-goût de l’attentat d’Orsini un an plus tard. L’édifice n’est plus d’époque mais plusieurs exemples d’architecture haussmanienne ont été conservés sur l’avenue. On reconnaît ces immeubles à leur gabarit bien défini : aux angles des rues, leurs pans sont coupés et des balcons courent tout au long de leurs façades, généralement au deuxième et au cinquième étage.

L’appel de l’art

Le beau attire-t-il le beau ? On peut le penser. Le pouvoir d’attraction des métiers du luxe et de la mode est tel qu’il a fait venir Avenue Montaigne de grands noms du marché de l’art. L’Hôtel-Drouot a ouvert Drouot-Montaigne, au Studio des ChampsÉlysées, un espace pour ses ventes de prestige. De l’autre côté de l’avenue, Artcurial a pris place dans l’ancien hôtel particulier de Marcel Dassault, où était logée la rédaction de Jours de France.

 

Artcurial

 

Construit sous le règne de Louis-Philippe, en 1844, l’édifice a été transformé en 1952. Il a gardé ses balcons dorés aux lignes courbes mais vient de se donner un intérieur très contemporain avec un remaniement orchestré par Jean-Michel Wilmotte. Artcurial, qui a débuté comme librairie et galerie, s’est étoffé et comprend aujourd’hui un café et plusieurs salles de ventes aux enchères.

Cap sur le XXe siècle

L’époque contemporaine n’est évidemment pas en reste. Il y a d’abord les deux stations de métro d’Alma-Marceau et de Franklin-Roosevelt, datant du premier quart du XXe siècle. Puis de très beaux témoignages de l’Art déco qui fleurit à Paris à partir de 1925. On mettra en avant la porte de l’ancienne maison des soeurs Callot, au numéro 41, un chef-d’oeuvre de verre et de métal, et, au fronton du numéro 26, construit en 1937 par l’architecte Duhayon, un sensuel bas-relief de trois muses dansantes.

Cap sur le XXe siècleAprès la Seconde Guerre mondiale, la création ne s’essouffle pas comme le prouvent les immeubles à balcons incurvés des architectes Bodecher (numéros 35 et 46) ou l’originale façade géométrique du numéro 17, des architectes Khandjian. L’Avenue Montaigne n’a pas peur d’une touche de modernisme…

 

 

 

 

 

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