1900 : un triomphe pour Rodin

Auguste Rodin, 1840-1917

Au coeur de l’Exposition universelle

En 1900, Auguste Rodin est déjà un monstre sacré. Mais il a gardé l’indépendance
d’esprit d’un éternel rebelle. Alors que Paris accueille l’Exposition universelle, il se permet de faire bande à part et de monter sa rétrospective personnelle. Il installe un pavillon dans un quartier névralgique, place de l’Alma, et y organise une mise en scène étudiée de sa propre création. Il est tout près du coeur de l’Exposition universelle, qui s’étend du Champ de Mars au Palais de Chaillot, de l’Esplanade des Invalides aux Petit et Grand Palais (ces deux monuments ont survécu dans la géographie parisienne). Rodin y présente de nombreuses sculptures (165 entre marbres, bronzes et plâtres), des dessins, mais aussi, et c’est une attitude avant-gardiste pour l’époque, des photographies de ses oeuvres.

 

Exposition universelle, 1900

La visite du ministre

Après une entrée grandiose, avec de grandes colonnes blanches, tout est mis en oeuvre, dans une salle claire tendue de velums, pour que le visiteur soit imprégné, imbibé de l’art du grand sculpteur, qui fête son soixantième anniversaire de façon magistrale.
Rodin était furieux contre l’attitude de l’establishment depuis le camouflet reçu deux ans auparavant, en 1898, avec le refus par la Société des gens de lettres de sa statue de Balzac (aujourd’hui visible au croisement du boulevard Raspail et de l’avenue du Montparnasse). Pourtant, la présence du ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts, Georges Leygues, lors de l’inauguration du pavillon, confirmait que Rodin faisait bien partie des gloires de la France. Que de chemin parcouru depuis les années 1860 quand l’artiste, endolori par trois échecs au concours d’entrée à l’École nationale des
beaux-arts, devait gagner sa vie comme maçon…

 

Une Porte sans fin

Il y a dix ans (mars-juin 2001), l’exposition de 1900 a été partiellement remontée au musée du Luxembourg. L’un des objets passionnants de cette relecture était la maquette réalisée au 1/20e par des étudiants de l’École des arts appliqués Olivier de Serres (aujourd’hui visible à l’atelier de Rodin à Meudon). On y voyait la structure du pavillon mais aussi une partie des sculptures disposées à l’intérieur – le Balzac précité ou les célébrissimes Bourgeois de Calais. Mais une autre sculpture monopolisait l’attention : il s’agissait de la mythique Porte de l’enfer, que l’État avait commandée à l’artiste vingt ans auparavant et qui, en 1900, n’était toujours pas livrée… Les visiteurs se pressaient autour de ce monument, qui allait devenir le symbole d’une création perpétuellement
inachevée. Rodin y travaillera par intermittence jusqu’à sa mort en 1917 mais elle ne sera fondue en bronze qu’après sa mort et devra attendre 1937 pour être installée au musée Rodin, son ancien atelier.

 

Rodin star mondiale

En 1900, l’attention accordée par Rodin à la publication d’un catalogue était aussi toute nouvelle. Pour sa rédaction, Rodin fit appel à de bonnes plumes et à des collègues comme Claude Monet ou Eugène Carrière qui donnèrent le meilleur d’eux-mêmes. Carrière réalisa pour l’occasion une lithographie présentant Rodin en plein travail : elle servira d’affiche à l’exposition. Cinquante millions de visiteurs parcourront l’Exposition
universelle. Une partie d’entre eux seulement, après avoir visité le Grand Guignol, le Palais de la danse ou le Manoir à l’envers – les attractions les plus proches – feront une halte au Pavillon de l’Alma. Mais la notoriété de Rodin sera encore accrue par cet événement. Il sera fait commandeur de la Légion d’honneur, exposera à Londres, Düsseldorf, Vienne et même Tokyo (en 1912) tandis que la statue du Penseur (présentée en 1904) deviendra l’une des icônes du XXe siècle.

 

Le penseur

Auguste Rodin, 1840-1917

 

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